Parce que les transatlantiques...
| Jour 28 : Cap Nord ! |
| Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650) | |||
30-08-2002 : 365 km / 7792 km
(on ne se moque pas : il faisait TRES froid)
En cette fin de journée, je suis content de pouvoir écrire que j'ai atteint le Cap Nord !Passer par là n'est pas ce que l'on fait de plus optimal en matière d'itinéraire, mais pour la beauté du geste, la symbolique... bref pour pouvoir flamber, je tenais à joindre le point le plus au nord de l'europe continentale (à peu de choses près).Et ce ne fut pas une mince affaire...A propos de cette photo, vous êtes priés d'arrêter tout de suite vos commentaires désobligeants ! Il faisait très très froid, il y avait beaucoup de vent et la personne qui prenait la photo a mis trois plombes à appuyer sur le bouton. Tout cela explique cette expression stupide sur mon visage. En vrai je suis beaucoup plus beau ! Voilà, je tenais à le dire, merci de votre attention vous pouvez continuer...Sachant qu'il y avait pas mal de route à faire aujourd'hui, je me suis levé tôt. Chez moi cela signifie avant 10 heures. Les cinquantes Euros que m'ont coûté la cabin du camping où j'ai passé la nuit n'incluent pas de petit-déjeuner, ni de douche chaude. Pour avoir de l'eau non glacée il faut débourser 10 couronnes norvégiennes pour 10 minutes. C'est pour cette raison que je suis globalement d'assez mauvais poil au moment d'aller me laver. Mais je repère une baraque plus grande que les autres qui fait face à celle des douches. Il s'agit du lieu de "détente" : sauna, solarium et machine à UV. Et douches... Non payantes... Ni vu ni connu, j'ai passé vingt bonnes minutes à savourer cette eau chaude gratuite.
Habillage méthodique et pointu pour la journée. Mon premier réflexe en me levant a été de regarder le ciel : nuages et bruine sont au menu de la matinée, la température extérieure oscille entre froid et glacial. Mais comme je n'en suis qu'à mon premier jour de ce qui s'annonce comme du "vrai" froid, je choisis une tenue encore assez légère : t-shirt, blouson, veste de pluie, pantalon et bottes. Il me faudra moins d'une heure pour craquer et ajouter le pull, les sous-gants et la cagoule ! Parce que ce coup ci, ça caille sévère ! Les jours précédents j'avais juste froid en fin de journée et je me sentais encore assez à l'aise, mais là je morfle. Evidemment, ce sont les mains qui subissent en premier les attaques du vent glacé. Viennent ensuite les jambes malgré l'épaisse doublure du pantalon en cuir. Et enfin, le froid s'infiltre insidieusement vers mon torse, profitant du moins interstice disponible à travers mes quatre couches de vêtements.
(panorama)
Heureusement, il ne pleut pas trop. Juste de la bruine qui humidifie un peu ma visière et qui détrempe la route. Et comme ça tourne de plus en plus, je suis obligé de me concentrer sur la conduite. Ceci afin d'éviter une glissade inopinée due à l'eau et/ou l'état du bitume qui recèle, par endroits, bien des surprises : nids de poule, dos d'âne, raccords douteux, craquelures et j'en passe. Quel dommage d'ailleurs ! C'est le paradis du genou à terre, de l'arsouille sauvage et du limage de pneus ! De grandes courbes à visibilité totale, des petits lacets vicelard, et soudain de longues lignes droites qui s'étendent à l'infini : un vrai circuit ! Le tout dans un paysage incroyable, passant de plaines et plateaux dénudés à des collines vertigineuses qui offrent un panorama grandiose. Cela fait que, finalement, la montée vers le Cap Nord n'est pas si désagréable que cela. Je ne peux pas pousser très loin la SVS, mais il y a déjà de quoi s'amuser grandement. A mon arrivée je suis scandalisé lorsque je croise un autre motard (en V-Storm, même pas une Caponor)... Je ne suis donc pas le seul à ce moment précis à avoir la moto la plus au nord de l'Europe ? Au moins, j'ai la SVS la plus au nord de l'Europe !Pour atteindre le Cap Nord, il me faudra sortir le portefeuille deux fois. Ce qui me permet d'ouvrir une parenthèse sur les tarifs en Norvège. Record battu ! Ici tous les tarifs sont absolument prohibitifs ! Les autres pays font figure de tiers-monde en comparaison !Pour entrer et sortir de l'île (Mageroy) j'ai dû débourser 10 Euros à l'aller et 10 Euros au retour. Pour "être" au Cap Nord, c'est à dire simplement à la pointe de l'île : 30 Euros ! Evidemment, tout cela en monnaie norvégienne. Il faudra leur dire que nous sommes en 2002 et qu'il y a 90% de l'Europe qui vient de passer à la monnaie unique... J'ajoute un petit raisonnement personnel : le Danemark, la Suède et la Norvège ont gardé leur monnaie et je n'y ai pas trouvé les gens sympathiques. La Finlande, pays planqué à l'autre bout de l'Europe, est passé à l'Euro, et les personnes y sont bien plus agréables... Voyez vous une logique dans tout cela ou est ce seulement le fruit de mon mauvais esprit ?J'arrive donc à Nordkapp transi de froid. Ce sont les derniers kilomètres qui ont été les plus éprouvants. J'ai pris de l'altitude, la température a donc continué de descendre et le vent s'est invité au voyage. Des saloperies de rafales latérales qui m'ont fait pas mal de frayeurs. La roue arrière chasse, glisse et finalement se stabilise tandis que je m'efforce d'équilibrer l'ensemble moto-pilote-bagages. Les bourrasques suivent la logique du relief. Aussi, sur un plateau il est assez aisé de calculer les trajectoires. En revanche, dans les parties encaissées le vent peut arriver de la droite pour rebondir ensuite de face et finir par attaquer sur la gauche... Et la moto danse ! J'ai constaté qu'au bout d'un moment (bien après être reparti du Cap Nord) que la conduite s'adapte d'elle-même au vent et ses caprices. Je me suis surpris plus d'une fois à prendre "appui" sur le vent lors d'une mise sur l'angle, ou inversement, laisser la force d'Eole m'emmener dans une trajectoire.
C'est grelottant, à moitié tétanisé par l'hypothermie que je m'assois dans le centre touristique de Nordkapp avec un café bien chaud en face de moi. Pour rien au monde je ne serais resté dehors une minute de plus. Le vent glacial souffle tellement fort que j'en ai mal aux oreilles. Pour le coup, j'en oublie les 30 Euros lâchés il y a moins de deux minutes.Une fois l'esprit un peu plus réchauffé, je regarde la mer. Ou plus précisément : l'océan arctique. Et oui ! Si ma moto était amphibie je pourrais pousser jusqu'à l'île de Svalbard, faire un tour au Groenland et ensuite le pôle... Par chance, la SVS n'a pas encore suffisamment de capacités aquatiques pour aller jusque là. Ca me fait donc une excellente excuse pour arrêter ma montée vers le Nord, ici même à Nordkapp.J'admire les lieux, je m'admire moi-même (faut bien de temps en temps non ?) en mettant à jour la carte sur le PC portable. Puis, je pars dans une frénésie de coups de téléphones à ma famille et mes amis pour leur dire que je suis ici et entendre leurs exclamations et applaudissements. J'en profite pour faire une grosse bise à Adé qui m'a redonné la pêche par son enthousiasme !
Il n'y a qu'une seule route, 150 kilomètres, qui mène au Cap Nord. J'espérais prendre un bateau pour rejoindre la côte ouest de la Norvège et enquiller ensuite vers le Sud. Malheureusement, pas de bateau avant demain matin. Je suis bon pour me refaire le trajet en sens inverse. Il s'est arrêté de bruiner et j'ai l'impression que la température s'est adoucie. Nous sommes en plein milieu de l'après-midi et il fait 7 degrés ! C'est suffisant pour que la route soit un peu plus sèche qu'à l'aller et je commence à m'en donner à cœur joie avec la SVS. Il n'y a pas beaucoup de traffic et les passagers des quelques voitures que je croise me regardent comme un extra-terrestre. Moi, je m'en fous, je suis bien et je bouffe les virages comme un furieux. J'angle, je déhanche, je contre-braque, je joue du couple de la moto et j'enroule droites et gauches les uns après les autres. Raaaaah quel pied !Parfois, je me calme et je laisse aller la moto pour profiter du paysage. Les photos reflètent assez mal le gigantisme des lieux.Je croise aussi pas mal d'élans (ou de rennes). Cette fois j'ai pu les prendre en photo et aucun n'a eu de tendance suicidaire en me voyant !
La conclusion de la journée est identique à celle d'hier. Pas d'auberge de jeunesse ouverte dans les parages. Je me rabats sur un camping qui propose des cabins. Le tarif me fait frémir une fois de plus : 50 Euros, sauf que là il n'y a même pas de lavabo. Et les douches sont toujours payantes...Je me console en me mettant au chaud. Il était temps que j'arrive : lors de ma dernière pause clope/café, la chaleur du restauroute m'a plongé dans une délicieuse torpeur dont j'ai eu le plus grand mal à m'extirper pour faire les 50 derniers kilomètres en direction d'Alta, mon point de chute du jour. Je dois faire bien attention à me reposer. J'ai encore perdu du poids alors que je mange matin, midi et soir. La fatigue, je le sais, a un impact direct sur le moral, la sécurité et, plus simplement, sur le plaisir du voyage. De plus, demain sera une journée viroleuse et longue : la côte Norvégienne.Alors, bonne nuit les petits, je m'en vais au dodo...
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