Parce que les transatlantiques...
| Jour 32-33-34 : vers le sud... |
| Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650) | |||
03-09-2002 : 431 km / 9287 km
04-09-2002 : 447 km / 9734 km
05-09-2002 : 533 km / 10267 km
Ces trois jours ont été identiques : virages et kilomètres. Je ne vais donc pas vous refaire le couplet sur mes joies de motard : tout sur l'angle, gaz, etc. J'ai eu un temps très correct avec quelques zones de pluie pour relâcher un peu la poignée et profiter des fjords. Les photos sont là pour que vous puissiez en juger... J'ai eu quelques moments de cafard. La solitude commence à me peser. Ne pas pouvoir dormir en auberge de jeunesse me prive de tout contact avec les gens. L'été est fini depuis longtemps ici et je suis souvent tout seul dans mes bungalows à 40 Euros la nuit. Déprimant au possible. Si l'on ajoute que les norvégiens ne sont pas très chaleureux et que même un sourire semble coûter cher ici, je ne vois vraiment aucune raison de m'éterniser. J'ai eu mon comptant de routes et de paysages nordiques ; il est grand temps de passer à autre chose. Cela explique les gros kilométrages de ces trois derniers jours. Si l'au début du voyage on a l'impression d'avancer à pas de géant, c'est plutôt le sentiment d'être un escargot qui prédomine ensuite. Rouler, encore rouler, toujours rouler... Sans voir une destination précise se profiler à l'horizon de la journée est quelque peu stressant sur la durée. Je fonctionne par étapes pour me dire que "j'avance" et le fait de manger toujours les mêmes routes et paysages revient un peu à faire du sur-place. Chose amusante, alors que je regarde mes prochains itinéraires tout me semble "à côté". Hambourg-Berlin : 250 bornes, ridicule ! Berlin-Pragues : 350, facile ! Pragues-Budapest : 550, tiens j'ai fait ça hier... Je pressens que le retour vers le Sud et la balade vers l'Est ne va pas être déplaisante. Au moment où j'écris ce texte, je suis à bord du ferry qui m'emmène d'Oslo en Norvège, vers Kiel en Allemagne. Le voyage se relance
Mais quand me prendra t'on enfin pour un vilain "blouson noir" ?Je me demandais quand cela allait m'arriver. Je commençais même à perdre patience et je me disais que, décidemment, rien en moi n'avait quoique ce soit d'inquiétant ou suspect. Ils sont enfin venus me parler, m'étudier et juger si j'étais dans les normes. J'ai enfin eu mon premier contrôle de police !En arrivant à Oslo, je m'arrête à une station essence pour faire le plein et grignoter un petit quelque chose avant d'attaquer la recherche d'un endroit où dormir. Une fois le réservoir rempli, je parque la moto dans un coin de la station, sort le portable, installe quelques petites affaires autour de moi par terre (casque, sacoche réservoir...) et assis en tailleur je passe mes coups de téléphone. Une petite camarade m'appelle à ce moment là, nous discutons un peu, puis je réserve ma place sur le ferry pour le lendemain et enfin je galère une fois de plus pour trouver un lit.Et les voilà qui arrivent. Une belle voiture marquée "Politi" s'arrête devant la SVS et en sort deux messieurs. Non pardon, un monsieur et une dame. Oui je sais, c'est mesquin de se moquer mais avec sa tenue de policier, ses cheveux courts en brosses et son visage peu amène... Durant une seconde il y avait de quoi avoir un doute. Sans un sourire, s'ensuit un petit interrogatoire et une vérification de mes papiers avec contrôle radio, lecture attentive, etc.Arrive alors un troisième personnage que j'avais vu observer la scène depuis son début. Le monsieur échange deux ou trois mots en Norvégien avec les flics, puis me demande depuis combien temps je suis là. Je réponds que je n'en sais trop rien, que je traîne dans la station depuis un moment déjà. Et là, il m'explique qu'il y a environ quarante minutes je l'ai dépassé sur l'autoroute... Un peu vite.Oups...Evidemment, je fais celui qui ne sait pas trop, qui ne se souvient pas... Pas totalement faux d'ailleurs, à combien étais-je il y a quarante minutes ?Le flic me dit alors : "You know, he's a police officer". Allons bon, ce gentil monsieur qui me demande à quelle vitesse je roulais est donc un officier de police qui m'a balancé à ses collègues ? Bah, je ne vais pas leur en vouloir pour autant et propose même d'ouvrir mes bagages pour eux. Fouille minutieuse au milieu de mes t-shirts et chaussettes, balade dans mon sac sur la selle passager... A sa mine un peu dégoutée, je vois qu'il constate que tout n'est pas encore sec. En même temps, ils veulent savoir d'où je viens, où je vais, ce que je fais en Norvège et à qui je téléphonais... Le monsieur ira même jusqu'à regarder mon téléphone portable. Je suis mort de rire (intérieurement) quand je dois lui faire la manipulation pour accéder à la liste des derniers appels : tout est écrit en français ! Quand je dis que j'étais en ligne avec une amie, le jeune flic me demande illico de lui donner son nom. Van, tu es dorénavant une star auprès de la police Norvègienne.Plusieurs fois ils me remercient pour ma coopération. Il faut dire que je n'ai pas foncièrement une mentalité anti-flic. Et puis, je ne suis pas chez moi et je ne trouve pas anormal qu'on veuille vérifier qui je suis. De plus, mis à part le plus jeune, ils ne jouent pas au cow-boy et dans un élan de sympathie, je commence à leur raconter mon voyage, Edinburgh, le Cap Nord, etc. Et je vois bien à leurs visages que ça les désarçonne quelque peu !Au bout du compte, j'aurai droit à un brin de morale à propos des limites de vitesse. Les pauvres, s'ils savaient !Mais là où je manque de m'étouffer, c'est quand le type que j'ai dépassé me dit qu'il a vu que j'allais vite parce que j'étais couché sur la moto ! Je dois alors lui expliquer qu'après quelques centaines de kilomètres, la position dite "du crapaud", est la plus confortable pour reposer mes lombaires et que ça n'a pas forcément à voir avec la vitesse. A titre d'information pour les motards qui passeraient en Norvège : j'ai eu beaucoup de chance. Si je m'étais fait toper en excès de vitesse j'étais bon pour 750 Euros d'amende. Oui, oui, 750 Euros. A force d'aller un pneu trop loin (bon ok, elle est super faible... désolé...)
C'est la mauvaise nouvelle du jour. Je suis au bout de mon pneu arrière. Le témoin d'usure flirte méchamment avec le bitume. Les longues lignes droites de Suède et de Finlande ont été sans pitié avec la gomme. Je subodorre une capacité d'abrasion bien plus importante que celle des routes françaises, probablement à cause du type de revêtement qui doit être en mesure de résister aux rigueurs des hivers.Pourtant, j'avais spécialement choisi un modèle de pneu dont la longévité est la principale qualité : des BT020. Pour l'avant, c'est encore bon, mais l'arrière est vraiment au bout et je n'ai plus intérêt à rouler sous la pluie maintenant. Dès que je serai en Allemagne, j'irai le changer. J'en profiterai d'ailleurs pour faire une vidange. Mine de rien, j'en ai bouffé du kilomètre depuis le Danemark. La moto accuse plus de 38500 kilomètres au compteur, soit plus de 10000 bornes de route pour ce voyage.Je suis très fier de ma petite SVS. Depuis que je l'ai, l'unique problème rencontré a été un fil de clignotant débranché. En dehors de cela, et malgré les rudes traitements que je lui ai fait subir (circuit, chutes...) elle est toujours d'attaque, démarre tous les matins sans aucun problème quelque soit la saison.Après ce voyage, je pense la garder pour l'emmener jusqu'au bout de son moteur. Quelques rencontres tout de même
Il y avait ce motard à tête de viking, roulant sur une vieille GS1000 de 25 ans. Je me suis arrêté le croyant en panne alors qu'il faisait simplement le plein d'huile. Le moteur en bouffe tellement qu'il est obligé de le nourrir tous les 200 kilomètres ! En plus, sur les quatres cylindres de la bête, un donne des signes de faiblesses et ne fonctionne plus de temps à autre. Il est Hollandais, parti travailler en Norvège pour les vacances il semblait assez pressé de rentrer sa moto au garage chez lui...
Autre motard croisé alors que nous attendions le cab pour traverser un bras de rivière (de mer en fait, puisque ce sont des fjords), il m'a très gentiment aidé à me renseigner à propos de ferries pour l'Allemagne en appelant la compagnie maritime. Armé de sa Fazer 600, il a tenté dans un premier temps de faire la course avec moi. Pas de problème dans les lignes droites où les 90 bourrins (je crois) de son engin déposent ma SVS surchargée. Mais aux premiers virages, son permis de conduire vieux de deux mois l'a transformé en un petit point dans mes rétros. Et je ne forçais pas l'allure ! N'étant pas franchement un arsouilleur, essentiellement parce que je n'en ai pas les capacités, je l'ai attendu sur une aire de repos, puis nous avons fait un bout de chemin ensemble. Jusqu'à ce que je craque et remette du gaz dans ces courbes si tentantes...
Kim est un étonnant personnage. C'était le réceptionniste de l'auberge de jeunesse où j'ai dormi à Oslo. Mi-américain, mi-norvégien, il a un regard très cynique sur les populations de ces deux pays. Etudiant sociologie, fin de cursus, nous avons eu des conversations passionnantes sur les cultures américaines et norvégiennes. Il m'a expliqué le côté si peu chaleureux des norvégiens : selon lui, les gens fonctionnent ici par un système de communautés issu de la géographie ardue du pays. De ce fait, les étrangers, ceux qui ne font pas partie de la communauté, ne sont pas admis de prime abord. De plus, dans la mentalité norvégienne, il y a un principe d'équité qui fait qu'en aucun cas l'on peut se présenter en tant qu'individu avec des qualités individuelles supérieures aux autres. Voici ce qu'il m'a dit pour synthétiser sa pensée : "Un américain te demandera 'combien tu gagnes ?' pour savoir à quel niveau tu es ; un norvégien te demandera 'qui penses tu être ?' pour être sûr que tu ne te crois pas supérieur". Il préfère toutefois vivre à Oslo, tant la mentalité américaine lui est insupportable depuis l'élection de Bush. Mais il n'en reste pas moins ultra-critique sur la Norvège. Un pays extrêmement riche, simplement parce que du jour au lendemain, il y a moins de cinquante ans on y a découvert d'immenses resources pétrolières et les norvégiens en ont presque honte. Quand je lui demande s'il y a des pauvres, des SDF, en Norvège il me dit que oui, et renchérit par une nouvelle comparaison avec les U.S.A. : "If an american sees a poor guy in the street he will say about him 'he has failed' ; a norvegian will say 'he has been failed'". Traduction : le norvégien considérera toujours le système fautif de la déchéance d'un individu, tandis que l'américain considérera l'individu comme seul fautif de sa déchéance.Il est difficile de résumer tous les propos et débats que nous avons eu car c'était assez décousu. Arrivé à 22 heures à l'auberge, je suis parti me coucher sur le coup des trois heures du matin ! Ca m'a fait beaucoup de bien... (mais j'étais salement déchiré le lendemain !)Pour la petite histoire, sur la photo il pose avec un cliché de Martin Luther King exactement à l'endroit où ce dernier se tenait dans l'auberge de jeunesse en 1964 lorsqu'il reçut son prix nobel à Oslo.
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