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Parce que les transatlantiques...

Jour 38 : pneu, inondations et biches
Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650)

09-09-2002 : 400 km / 11059 km

 

Sale fin de journée. J'ai percuté deux biches. Elles ont débarqué à six ou sept d'un coup sous mes roues, galopant pour traverser la route. J'ai juste le temps de faire un évitement, mais pas de quoi taper suffisamment fort dans les freins, et deux d'entre elles viennent percuter le flanc gauche de la moto. Dans la seconde qui suit je me retrouve à rouler sur de l'herbe avec ce leimotiv étrange dans ma tête : "je suis pas tombé, je suis pas tombé...". Je finis par m'arrêter en douceur et reprends mon souffle. Check rapide : pas de douleur et la moto tourne toujours.Je fais demi-tour, et elles sont là toutes les deux... Couchées sur le flanc, elles battent des pattes dans le vide, sans bruit. Puis très vite la première rend l'âme. La seconde se calme et semble juste légèrement blessée. Je tente de la relever mais apparamment elle ne peut pas tenir sur ses pattes. Complètement déboussolé, j'attends un peu et essaye de retrouver mes esprits. Une première voiture passe et malgré mes signes des bras, elle ne s'arrête pas.Vient ensuite un jeune type en cabriolet qui me demande si je vais bien et si la moto n'a rien. Puis il me propose en rigolant son couteau pour achever la bestiole encore vivante. Je refuse sa proposition et il se barre en se marrant. Il doit plus avoir l'habitude que moi, je suppose.Moi je reste comme un con à côté d'un cadavre et d'une blessée. Je ne sais pas quoi faire. Je suis en plein milieu d'une petite route de montagne, la nuit commence à tomber et c'est la toute première fois que je tue un animal plus gros qu'une mouche.Je déplace le plus doucement possible la biche encore vivante pour qu'elle soit à l'abri des voitures qui passeront ensuite. L'autre, je n'ai pas le courage de la toucher. Le tableau n'est pas beau à voir. Ne sachant quoi faire, je repars.Comble de l'ironie, c'est 200 mètres plus loin que je verrai un panneau indiquant la présence possible d'animaux sur la route.Cela s'est passé il y a quelques heures. Je ne vais pas me faire la complainte de la culpabilité, bien que ce soit plutôt dans mon style. C'est arrivé, j'ai rien pu faire, je m'en sors sans une égratignure et tant mieux. Je ne roulais pas bien vite. Mon pneu arrière neuf est en rodage, c'était sur une route plutôt dégradée :  je pense que je devais être aux alentours de 60 km/h. Sur le moment, je n'ai pas eu le temps de penser quoique ce soit. Elles étaient là d'un coup, prenant toute la largeur de la chaussée. Il me restait un espace pour les éviter et je m'y suis engouffré, mais dans leur panique, il y en deux qui ont galopé vers moi. Le choc n'a même pas été violent. La moto a juste légèrement dévié de sa trajectoire et j'ai senti une vague douleur sur mon mollet gauche. C'est arrivé, j'ai rien pu faire, ma vie continue.

Départ de Berlin, la chasse au pneu

newpneu pneu1 rainure

En dehors de ça, la journée a été plutôt bonne. J'ai visité à nouveau Berlin, mais bien involontairement ! Un des réceptionnistes de l'auberge de jeunesse est motard et m'a donné sa bonne adresse pour faire changer mon pneu. C'est un peu loin, 15 bornes,  mais comme ce genre d'opération ne prend pas plus d'un quart d'heure, je ne m'en inquiète pas. Sur le chemin, je croise une affiche qui indique un magasin spécialisé dans le pneu moto. Le nom est particulièrement évocateur : Burn Out !Tant qu'à faire, j'y vais et je zappe ma destination initiale. Belle boutique de pneus effectivement... Mais mon modèle n'est pas disponible ! Il me faut du BT020 160/60 ZR17 et tout ce qu'il y a de plus proche c'est du BT010... Je me rends donc finalement à l'adresse indiquée par le réceptionniste et même chose : modèle non disponible. Heureusement, le patron et un des mécanos se plient en quatre pour me trouver un endroit où je pourrais faire changer mon gommard. Et je lâche un grand soupir de lassitude en constatant qu'ils m'envoient à moins d'un kilomètre de l'auberge où j'étais en début de matinée !

Je retourne donc dans le traffic berlinois dans ma quête de caoutchouc. Berlin étant à moitié en chantier, et n'étant pas germanophone, je me paume comme il se doit à travers les multiples déviations qui transforment une simple ligne droite en zig-zag insensés. Mais au passage, je suis passé par le fameux Checkpoint Charlie qui marquait la limite entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. C'est une consolation comme une autre... Au bout d'une bonne heure de pataugeage urbain, j'arrive enfin à l'endroit indiqué et, effectivement, vingt minutes plus tard j'ai un beau pneu tout neuf à l'arrière. Je peux repartir en direction de Pragues.Première partie de route sans grand intérêt puisque j'ai une nouvelle fois profité des autobahn. Arrivé à Dresde, les choses se compliquent. Tous les panneaux indiquant une sortie vers Pragues sont barrés. Je pense d'abord à des travaux et me dit que je croiserai un peu plus tard une sortie valide. Au bout de 25 kilomètres, ne voyant rien venir, je quitte l'autoroute et me balade tranquillement dans la campagne pour rejoindre la E55 qui doit me mener directement à Pragues. Jolie campagne, gentiment viroleuse et je rode paisiblement les flancs de mon pneu en envoyant progressivement la moto sur des angles toujours un peu plus aigus.Arrivé à la frontière, il n'y a personne. Le poste de contrôle est désespérément vide, les chaises sont même posées sur les tables. La route part au loin dans une espèce de noman's land où un vague feu rouge solitaire clignote bêtement. Arrive alors un douanier qui m'indique que la route est kaput pour cause d'inondations...

inond 

Je les avais oubliées celles-là ! Commes elles ont eu lieu en plein milieu de mon voyage, je n'ai pas vraiment pu constater leur impact à la télévision. J'avais juste vérifié sur Internet que Pragues était de nouveau sèche. Il semblerait que dans la campagne les dégâts ont été aussi massifs que dans la capitale. Le douanier m'indique un autre poste d'où part une route praticable. C'est à 30 kilomètres et je m'y rends en un clin d'oeil. Mais là, même décor : personne, mis à part trois douaniers jouant aux cartes en buvant des bières. La route est tout aussi morte que la précédente et il me faudra pousser un peu plus au nord pour entrer en république Tchèque.Je grimpe donc au nord et en altitude et commence à constater l'ampleur des dégâts. Partout où passe un cours d'eau c'est un véritable carnage. Les routes sont défoncées, de la boue a coulé, des arbres se sont écroulés et certains villages sont des visions post-apocalyptiques.Au poste de frontière, les douaniers allemands et tchèques vérifient minutieusement que je ne suis pas un terroriste international. Un peu parano, voyant que je me balade pas loin, l'un deux ira jusqu'à cacher l'écran de l'ordinateur où il s'assure que je ne suis pas fiché à l'Interpol. Apparemment je suis innoncent et l'on me laisse poursuivre ma route.Mine de rien, ces petits détours m'ont fait perdre pas mal de temps. La soirée s'annonce et la nuit arrive plus vite maintenant que nous sommes en septembre. C'est à ce moment que j'ai rencontré les biches. J'ai eu ma dose d'émotions pour la journée et je bloque mon itinéraire du jour à Ceská Lípa. Les tchèques sont essentiellement germanophones et je ne parle qu'anglais et italien. C'est avec beaucoup de dévouement, mais dans une incompréhension totale, que l'on m'indiquera par trois fois le chemin de l'auberge de jeunesse de la ville. Je visiterai donc l'endroit un peu dans tous les sens avant d'arriver enfin dans ce grand hôtel à tendance architecturale stalinienne (250 lits pour une si petite ville ?) et écrire ce texte. Il se fait tard, la journée a été riche et il est temps d'aller dormir..