Parce que les transatlantiques...
| Jour 39-40-41 : Prague |
| Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650) | |||
10-09-2002 : 84 km /11143 km
11-09-2002 : 0 km / 11143 km12-09-2002 : 0 km / 11143 kmQuelle misère ! Ma première après-midi à Pragues, je la passe enfermé dans un cyber-café ! Les types qui s'occupent du matériel sont très gentils, très dévoués mais pas franchement efficaces. Leur réseau est bancal et c'est moi qui doit repasser derrière eux pour configurer les machines afin d'avoir une connexion fonctionnelle. Ils sont fascinés par ma collection de MP3 et veulent la prendre. Pas de problème, mais je fais la bêtise de laisser l'un deux lancer la copie. Or, il ne fait pas une copie mais un déplacement ! Résultat : je dois poirauter je ne sais combien de temps pour tout récupérer dans ma machine...Au moins, le site est à jour, corrigé et nettoyé, j'ai répondu à plein de mails et surtout j'ai pu graver un CD avec une bonne partie des 1200 photos que j'ai entassées depuis le départ. Et puis, comme un violent orage s'abat sur la ville, je me dis que de toutes manières je n'aurais pas vraiment pu profiter des rues pragoises. Heureusement, la météo annonce un plein soleil pour demain.Je me suis installé dans une auberge de jeunesse en plein centre ville. Je paye 35 Euros la nuit, mais pour ce prix là j'ai une chambre pour moi tout seul (pas le choix) avec un confort sympathique et un garage fermé pour la moto. Il semble régner ici une parano du vol comme je n'en ai jamais vu ailleurs. Entre ma chambre et le garage, je totalise pas moins de sept clées ! La réceptionniste, adorable, m'assomme de conseils à propos de ma moto, mon portefeuille, mon sac et bien sûr mon appareil photo et mon PC portable.De toutes manières, au prix qu'ils m'ont coûté je suis déjà extrêmement prudent. Ils ne me quittent jamais et lorsque je me balade en ville, le sac qui les contient est en bandoulière pour éviter le vol à l'arraché (ou alors faut se trimbaler mes 70 kilos avec). Les zips sont bloqués par un cadenas pour contrer les pickpockets et j'ai presque toujours une main posée dessus. Il ne reste plus que le risque d'agression...Court trajet pour venir, mais long à cause de tous les travaux pour réparer les dégâts des inondations. Et puis beaucoup de camions. Trop même... Certaines agglomérations sont des nids à pollution où les yeux brûlent et l'on "sent" à travers ses poumons toutes les saloperies qui trainent dans l'air (pourtant je suis fumeur). Prague n'est pas comme cela, mais le traffic est dense sur les grands axes. Et puis ça bourrine ! Qu'importe il y ait des piétons, des cyclistes, des travaux ou autre à proximité... le conducteur tchèque met la gomme entre les feux rouges à grand renfort de crissements de pneus. Il faudra que je fasse attention en traversant les rues. Mes histoires informatiques réglées, je suis résolu à ne pas gâcher cette première rencontre avec Prague. Je sors me faire une balade nocturne, ne serait-ce pour me trouver un petit quelque chose à grignoter. Une fois sustenté, je me rends compte à quel point je suis installé au coeur de Pragues. En quelques minutes j'accède à Vaclavské namesti, les Champs-Elysées pragois. Une extrémité donne sur le Narodni muzeum et l'autre mène directement aux voies piétonnes de la vieille ville. Je réserve tout cela pour demain et je me contente de flâner et hûmer l'air de la ville. Je pressens qu'elle et moi allons bien nous entendre... Balade dans Prague
Cette ville est tout simplement incroyable ! Pas un immeuble, pas un batiment qui ne soit une œuvre d'art ! Certes, je me suis essentiellement promené dans la vieille ville, mais loin d'être une citée-musée sous verre comme peut l'être Venise, il y a de la vie, des gens, des commerces...Même en cette fin de saison, et après les inondations, il faut faire avec les touristes. Je suis condamné à supporter la vue de gras américains, d'ados boutonneux qui ne regardent rien, d'italiens braillards, etc. Mais avec mon walkan dans les oreilles, je fais abstraction et je goûte la ville. Je marche, je déambule, je flâne, je m'arrête pour observer, écouter, sentir... Mais où ont-ils mis les horreurs du XXe siècle ? Où sont donc les buildings, les tours miroirs, déchets de l'imagination d'architectes mégalomanes ? Et bien, je n'en ai pas vu. Ici, tout est ancien, mais pas croûlant. Les matières sont la pierre, le bois et le fer. Jamais (ou presque) le plastique et le béton. Et rien n'est uniforme ! Les couleurs festoient, les frises se déroulent, et d'une ruelle aux murs aplatis l'on passe à une batisse décorée de bas-reliefs pour ensuite croiser un immeuble soutenant des statues de bronze.
Il en va de même pour les intérieurs. Dans la petite cantine où j'ai pris mon petit-déjeuner, dans le café d'où j'écris ce texte, dans les boutiques... tout n'est que décoration subtile. Pas de lumière crue, pas de néon, beaucoup de bois sculpté, de hauts plafonds avec poutres, des tableaux discrets aux murs, des bibelots artistiquement disposés et cette impression que l'on doit prendre son temps ici pour savoir vivre.De façon plus prosaïque et pour le coup, je me suis fendu de l'achat d'une carte mémoire supplémentaire pour mon appareil photo. Fourni avec une 16 Mb, je pouvais prendre environ une quinzaine de clichés avant de devoir vider l'appareil dans le PC portable. Maintenant j'ai en plus un memory stick de 64 Mb, soit environ 90 prises de vues cumulées. Je voulais faire cet achat plus tôt mais je n'ai pas réussi à trouver de revendeur jusqu'ici. Et puis, avec un peu de chance je bénéficie des prix tchèques : 60 Euros.
Je me fais de longues balades entrecoupées de pauses dans des cafés. C'est ma culture typiquement parisienne qui veut ça. J'ai besoin de m'installer régulièrement à une terrasse pour regarder le temps et les gens passer. C'est ma façon de m'imprégner d'une ville et, de la même façon, de la laisser m'absorber. Je touristise gentiment, entrant parfois dans certains monuments, mais je ne fais pas une obligation de tout voir et tout connaître. J'essaye tant bien que mal de prendre des photos qui reflètent le mieux possible l'ambiance des lieux mais il est difficile de ne pas accumuler des clichés "cliché" que l'on retrouve dans tous les guides touristiques.Ceux qui me connaissent vont probablement avoir du mal à s'en remettre. J'ai assisté à un concert de musique classique ! Bon, toi, ami lecteur qui ne me connais pas personellement, tu ne peux pas saisir toute l'ampleur de cet acte. Accepte, je te prie, mes excuses.Alors que je passe devant l'église Saint-Nicolas, je vois une large affiche annonçant un concert dans une demi-heure. L'ambiance de Prague, cette ville à haute teneur culturelle, la journée passée au milieu de l'architecture baroque... Je ne saurais dire pourquoi mais j'ai eu envie d'y goûter. Alors brisons là les préjugés et l'indifférence musicale pour tenter cette expérience. Le décor est superbe dans cette église aux fresques gigantesques. L'accoustique va de paire, et je me laisse transporter par l'orgue, le cor et la voix de la cantatrice. Au programme : Bach, Mozart, Händel, Vivaldi... Dans la continuité de ce concert, je dîne dans un restaurant où des jazzeux tapent le jam paisiblement. Impossible d'échapper au goulash, plat tchèque par essence. Y a pas à dire, c'est nourrissant ! A l'heure où j'écris ce texte, j'en suis au café et je ne me sens pas du tout, mais alors pas du tout, d'attaque à repartir à pied jusqu'à l'auberge de jeunesse ! Et puis j'en profite pour rencontrer un français qui est ici pour son travail. Il est responsable d'une filiale logistique d'une entreprise de transports. Un bureau a été installé à une quarantaine de kilomètres de la ville et il vient pour former et vérifier que tout se passe bien. Il m'explique que les tchèques ont encore l'influence du communisme dans leur façon de travailler. Toujours une certaine terreur de la hiérarchie et un refus de l'initiative flagrant par peur d'avoir de mauvaises retombées. En revanche, une fois "mis sur les rails" ce sont de véritables "rouleaux compresseurs". C'est la deuxième fois qu'il vient à Prague et n'a pas trop eu le temps de faire du tourisme. Il a aussi du mal à avoir des contacts avec les gens, notamment parce que les employés avec qui il travaille le voient comme un "supérieur" et toute la spontanéité s'efface dans les rapports humains. De toutes manières, il n'est là que pour trois jours.Deuxième journée à PragueIl est des villes qui vous plaisent, qui vous surprennent, parfois vous dépriment ou vous dégoûtent, et il y a celle qui vous charment. Prague est de celles-là. J'aurais aimé devenir un vrai pragois le temps de ces quelques jours. Je ne suis, hélas, qu'un simple touriste et je sens que je manque beaucoup de choses. Difficile de faire des rencontres : ma timidité et la barrière de la langue limitent mon champ "d'insertion" dans cette magnifique cité. D'autant plus dommage que les filles sont ici très jolies ! Mais aussi essentiellement germanophones... Mon vocabulaire se limite à "bonjour", "merci", "au revoir", "s'il vous plait", et ne me demandez pas de l'écrire en tchèque. Je me sens bien ici. La ville est calme, invite à la flânerie et au moments de contemplations assis sur un banc, allongé sur l'herbe d'un parc ou installé à une terrasse. Quand à la paranoia sécuritaire dont la réceptionniste de l'auberge m'avait fait grand cas, et bien il n'y a pas de quoi s'inquiéter. J'imagine que les lieux touristiques sont des zones à risque pour les appareils photos, caméras et portefeuilles mais, pour m'être baladé le soir, je peux affirmer que l'on se sent particulièrement tranquille à Prague. Dans toutes les rues il y a des gens qui se baladent à n'importe quelle heure du jour et de la nuit et on ne sent pas une once d'agressivité.
Cette dernière photo résume assez bien Prague. Elle a été prise à l'entrée du musée du communisme. D'un côté le musée, de l'autre un casino et au dessus une statue. J'y ai rencontré Oije (orthographe incertaine) qui travaille dans le musée. Il est venu me voir pour me taxer une clope (et m'en prendra trois en moins de vingt minutes), et apprenant que je suis français il commence un peu à discuter avec moi. Il s'est baladé en France et baragouine quelques mots. Il me parle de l'époque du communisme, le lieu est de circonstance, et semble ne pas la regretter. Mais il tient à dire que c'était une bonne idée en théorie, alors que dans la pratique ça n'est pas possible. Il fait ce geste évocateur avec ses mains : comme si elles étaient liées. Il reste très critique sur les hommes politiques actuels du pays qui ne semblent pas s'intéresser à la "Tchéquie d'en bas". Toutefois, il trouve que la vie est bonne ici et ne se plaint pas. Il insiste je ne sais combien de fois pour que j'aille voir le "Père-Lachaise" pragois. Je crois qu'il est très fier d'avoir trouvé cette correspondance entre Paris et Prague ! J'ai le sentiment que la vie ne l'a pas épargné. Il a un regard triste et laisse trainer à un moment dans la conversation qu'autrefois il avait une jolie fille... Autre rencontre
Alors que je me balade le soir sur Vaclavské namesti, une jeune fille m'aborde. Elle n'a pas l'air très en forme et me demande de l'argent. Je lui propose plutôt une clope et engage la conversation. Son histoire est édifiante. Elle a vingt ans et elle est héroinomane depuis l'âge de 14 ans ! Nous passons la soirée à discuter ; ça semble lui faire du bien de causer... Fille d'un père artiste et d'une mère bijoutière, elle a tout pour avoir une belle vie. Vers 12 ans elle fait du mannequinat, pose même pour Harper Bazaar. Projetée trop tôt dans ce milieu, elle tombe dans l'héroine et devient très vite accro. Pendant quelques années elle arrive à concilier la drogue et sa vie quotidienne. Elle va à l'école, continue le mannequinat, voyage un peu partout en Europe, d'où son anglais parfait et quelques mots de français. Puis, après plusieurs tentatives de désintoxication ratées, elle s'enfonce toujours un peu plus dans la came. Aujourd'hui, elle ne peut plus se piquer aux bras et passe par l'aine, à 4 grammes par jour. Voilà deux ans qu'elle fait la manche, vit de petits boulots, dors dans les bus ou dans des hôtels minables. Incroyable de voir cette si jolie jeune fille dans un tel état. Elle a encore une belle apparence, mais ses dents sont ravagées, quant à ses bras... A un moment, dans la soirée elle se lève soudainement et va tranquillement vomir dans une poubelle. Elle m'explique qu'elle s'est fait son shoot du soir il y a quelques heures et que son corps n'apprécie pas vraiment. Sa famille a tenté de l'aider, puis a craqué, devant la récupérer chaque soir dans des parcs où elle faisait ses fix. Suite à un traitement à la méthadone, elle est entrée dans une école d'art à Prague, mais elle a replongé. Elle est artiste, et veut gagner sa vie par la peinture. Sa famille l'aime toujours mais considère qu'à présent la drogue est son problème et attend qu'elle le résolve par elle-même. J'imagine qu'elle a dû leur en faire voir de toutes les couleurs.Elle a pu décrocher un nouveau traitement à la méthadone qui doit durer quatre ans. Elle considère que c'est sa dernière chance, et elle ne veut pas la rater. Son seul rêve à présent est d'avoir une vie normale, fonder une famille et en finir avec l'héroine. Elle me raconte sa vie dans la rue, sa fierté de n'avoir jamais basculé dans la prostitution. Pour l'argent, il lui arrive de voler. Elle s'est fait prendre une fois et a été envoyée en prison pour trois mois. L'enfer. Elles me montre les cicatrices laissées par les flics sur son visage parce qu'elle ne voulait pas donner le nom de son dealer.Une grande tristesse m'a envahi quand je l'ai vue s'éloigner vers son hôtel pourri. Je me suis senti impuissant mais je crois qu'elle était contente que je l'écoute. Elle a spontanément dit oui lorsque je lui ai demandé si je pouvais la prendre en photo. Et dans un accès de fierté, elle a pris la pose comme elle le faisait il y a quelques années. Elle parlait doucement, lentement, encore sous l'emprise de sa dose. Je lui ai laissé mon e-mail, mais je doute avoir un jour des nouvelles de sa part.
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