Parce que les transatlantiques...
| Jours 46-47 : le début de la fin |
| Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650) | |||
17-09-2002 : 411 km / 12259 km
18-09-2002 : 469 km /12728 km
De ces deux jours est ressortie une décision : j'écourte mon voyage. Je commence à atteindre mes limites physiques, morales et financières. Alors que j'avais prévu la Croatie (Zagreb et la côte), la Slovénie (Lubjana) puis l'Italie, je préfère me rendre au plus tôt à Venise pour ensuite tranquillement rentrer à Paris. La climatisation de l'auberge de Budapest m'a fait attraper un début de crève dont je n'arrive pas à me débarrasser, même à grands coups d'Actifed. Monter sur la moto chaque matin devient pénible et j'ai de plus en plus de mal à trouver du plaisir dans la conduite. Mon dos, mes épaules et mes bras commencent à être douloureux. Le soir j'ai du mal à m'endormir et je ne récupère pas de mes journées Je me sens fatigué en permanence et la motivation en prend un coup. J'ai plus de 12000 kilomètres à mon actif, j'ai vu, ressenti, vécu plein de choses... Je rentre donc sans regrets ni remords.Le premier jour de route a été ennuyeux au possible voire difficile : mauvaise chaussée, traffic, camions... A peine arrivé en Slovénie, j'ai eu une fringale de montagnes et de paysages.J'ai donc bifurqué sur l'Autriche pour rejoindre une auberge à Maria Lankowitz, que je connais déjà. Je n'ai pas "senti" la Slovénie. Elle m'a fait immédiatement penser à la Hollande : plate, résidentielle, ennuyeuse... Il est vrai que je n'y ai fait qu'un passage éclair et je suis probablement loin de ce qu'elle est vraiment. Mais qu'importe, je ne me sens plus l'âme d'un grand voyageur et je préfère retourner sur des terrains qui me sont connus.Journée sans photo, sans souvenir... Le lendemain a été tout de même plus plaisant. Avis à tous les motards : si vous passez dans le coin, je vous conseille expressément la B70 entre Gratz et Klafengurt. Ca tourne tellement que je finis par en avoir le tournis et limite mal au cœur ! Il y a amplement de quoi frotter des cale-pieds et déposer du genou. Je ne suis pas allé jusque là (un jour j'y arriverai !) mais la moto a fréquenté quelques angles sympathiques. Une fois passé Klafengurt, je prends l'autoroute pour m'économiser, toujours un peu malade, et pour profiter des alpes italiennes.Je suis obligé de pousser jusqu'à Vicenza pour trouver une auberge. Pas question d'aller à celle de Venise, sûrement complète et inaccessible en moto pour cause d'interdiction de véhicule, quelqu'il soit, dans la ville. Et je me vois mal me trimbaler tout mon barda sur un vaporetto !Vicenza est une petite citée comme on en trouve beaucoup en italie. De nombreuses places (piazza) d'où partent des ruelles tortueuses et pavées. Tard le soir, les gens profitent de la douceur de cette fin d'été sur les bancs, dans les parcs ou sous les arcades. Après une petite balade en ville, et une lessive (!), je vais me coucher. Demain j'irai à Venise et je tiens à être en forme. Ma première rencontre avec Venise a eu lieu il y a un an exactement. Un coup de foudre. Je me souviens des premières minutes comme d'un moment extraordinaire. Tout de suite après avoir largué les touristes, je me suis perdu dans le dédale des petites rues. Une émotion incroyable m'a alors envahi. J'ai senti toute la ville vibrer en moi. J'avais entendu parler du syndrôme de Stendhal qui se produit chez certaines personnes devant des oeuvres d'art. Face à une beauté trop "forte", ces personnes ont des réactions bizarres : elles s'évanouissent, saignent du nez, tremblent...Moi j'ai pleuré. Incontrôlable.Pourtant, je ne suis pas spécialement féru d'art et des "belles choses". Je pense savoir apprécier, mais rarement je suis ému par un tableau, une sculpture ou autre. Dans cette ville, sans comprendre pourquoi, j'ai ressenti des émotions qui m'était inconnues jusqu'alors. Les quelques passants croisés devaient se demander ce qui arrivait à ce grand type déambulant la larme à l'oeil, les mains caressant les murs, chaque pas comme au bord d'un précipice.J'angoisse un peu à l'idée de revenir à Venise. Je me doute que l'émotion ne sera pas la même, mais j'espère qu'il se produira encore quelque chose entre elle et moi.
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