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Parce que les transatlantiques...

Jours 49-50 : retour à Paris
Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650)

645 km / 13393 km

 

458 km / 13851 km

 

C'est dans mon caractère je pense, quand j'ai décidé d'en finir je conclus aussi rapidement que possible. De Venise à Paris il y a environ 1000 bornes à tirer. Je ne perdrai pas de temps sur les petites routes, je ne ferai pas de détour par la Suisse et ça sera autoroute jusqu'à Lyon puis de même jusqu'à Paris.La première journée défile donc au rythme du ruban de bitume qui me mène de Vicenza à  Milan, de Milan à Turin et de Turin à Lyon. Même dans ces conditions de fin de voyage, cela reste un plaisir. J'aime sentir que j'avance, que ma moto m'emporte d'un point A à un point B et que j'ai cette liberté de bifurquer à tout moment.

chaine 

Très mauvaise surprise à l'approche de Lyon. Un camion a déversé son chargement de fruits et légumes sur l'autoroute et provoque un bouchon. Je roule alors tranquillement entre les files de voitures. A petite vitesse j'entends un bruit bizarre : "cling-cling-cling...". Allons bon, qu'est ce que c'est que ça ? Je me penche vers l'avant : ça ne vient pas de là. Je me penche sur le côté en priant que ce ne soit pas la chaîne de distribution du moteur. Pas de problème, ça vient de l'arrière. Un coup d'oeil et je blêmis : la chaîne de transmission secondaire est en train de frotter sur la béquille !Je profite du bouchon pour m'arrêter et observer de plus près. Mode panique ON : la chaîne est plus que détendue et menace de rompre à tout moment. Chaque reprise, chaque relachement de la poignée des gaz lui fait subir une tension plus ou moins brutale. Une chaine de transmission qui lâche c'est la gamelle assurée : elle se bloque dans la roue arrière, sacage la jante et le pneu pour envoyer la moto dans le décor.Je ne suis qu'à 30 kilomètres de Lyon, nous sommes vendredi, 18 heures. Autrement dit, ça va être coton de trouver un garage pour régler ça au plus vite. De plus, je doute qu'une simple tension de chaîne suffise.Je me base alors sur de la physique mécanique élémentaire : si je maintiens un régime moteur stable la chaîne tournera toujours à la même vitesse, subira une tension constante et ne prendra pas d'à-coups. Je diminue ainsi considérablement les risques de la voir se casser. Je dois aussi faire attention à éviter tout cahot pour ne pas dérailler. Une fois en ville, ça sera une autre affaire avec les feux rouges, les pavés et les voitures. En revanche, j'y serai toujours à petite vitesse et il me sera plus évident de caser la moto dans un coin si elle me lâche.Je finis donc ma route avec une boule au ventre, à l'affût du moindre bruit, de la moindre réaction venant de la moto. J'arrive à bon port et lâche un long soupir de soulagement devant Christelle, qui m'acccueille, avec Marc, pour ce soir.

krismarc 

Kris est une vieille connaissance. Ex-propriétaire d'une SVS, nous nous sommes d'abord rencontrés sur Internet via des forums de discussion sur notre moto puis "In Real Life", notamment sur le circuit Carole. C'est sur son exemple que j'ai appris mes premier déhanchés et que j'ai fait mes premières tentatives de sortie de genou. Pauvre Kris ! Accro au circuit, elle a émigré vers Lyon où la piste la plus proche est à 300 kilomètres ! En échange, elle hérite des manifiques routes tout autour de la ville. Je pense qu'elle n'y perd pas trop. 

chat 

Marc est aussi motard et la soirée se passera à discuter de... motos ! Eux, ce sont de vrais passionnés, de vrais furieux. Et comme ils connaissent bien la communauté de motards du coin, ils me trouvent sans problème un endroit où je pourrai faire changer mon kit-chaîne demain. En attendant, la soirée se passe devant de délicieuses pâtes au curry, sur des conversations toutes motardes entre les deux chats foldingues de la maison. Après 15000 kilomètres de route, dont les derniers ont été assez fatigants, ça me fait un bien fou d'être chez des amis, de ne plus dormir dans un hôtel et surtout de pouvoir de nouveau parler français ! Je me suis rendu compte, avec mes compatriotes croisés lors du voyage, que je me "Jean-Claude Van Damnisais" à force de ne parler qu'anglais et/ou italien. Je le ressens aussi lors de l'écriture de ce site, où les mots trébuchent et les expressions s'évaporent avant d'arriver à pondre quelque chose de correct. 

kit 

Première étape du lendemain : réparer la moto. C'est chez Axess One que je suis accueilli chaudement et qu'on accepte de changer dans l'heure mon kit-chaîne. Je bénéficie en plus d'une promotion sur la pièce défaillante. Je prends évidemment un malin plaisir à raconter négligemment certanes étapes de mon périple au patron, à la fille de l'accueil et aux quelques clients qui passent, juste pour voir leurs expressions admiratives et surprises. J'ai des joies simples.J'ai eu le temps de réfléchir au pourquoi de cette chaîne détendue. En principe, si elle est bien entretenue, une chaîne de moto est censée tenir environ 30000 kilomètres.Celle-ci m'a lâché au bout de 15000 alors que je la graissais presque tous les soirs. En fait, c'est lors du changement de pneu à Berlin que j'ai été coupable de laxisme. Le garage était uniquement dédié aux pneus, que ce ce soit moto, voiture ou camion. J'ai demandé au mécano de vérifier la tension de chaîne et bêtement j'ai fait confiance sans vérifier par la suite. Mal m'en a pris, d'autant plus que chaque soir au graissage, fatigué, dans le noir, je donnais un coup de bombe sans regarder de près la chaîne. Le résultat : elle s'est détendue de plus en plus jusqu'à former des points dur et devenir dangereuse. Leçon à retenir... Au prix d'un kit-chaîne mort à la moitié de sa durée de vie, 174 Euros.Armé d'une moto a nouveau fiable, je prends donc la direction de l'autoroute, puis celle de Paris. Je sens vraiment le poids du voyage dans mon corps. Mon dos me fait mal, mes bras et mes épaules sont durs comme du bois et le bruit du vent dans le casque me donne des maux de tête. Il est grand temps que j'arrive !500 kilomètres plus tard, je suis devant l'immeuble de mon ami Simon, gardien de mes clées d'appartement. Je lui impose une séance photo de moi-même pour immortaliser la fin de ce périple. Je suis mort de fatigue, mais heureux.

moa1 moa2

Nous sommes le samedi 21 septembre 2002, il est 18 heures.
50 jours, 15000 kilomètres, 15 pays.
La balade en Europe est finie.