Parce que les transatlantiques...
| Jours 7-8 : Highlands |
| Voyages - 2002 - Tour d'Europe (Suzuki SVS 650) | |||
09-08-2002 : 352 km / 1590 km
10-08-2002 : 318 km / 1908 km
PUTAIN DE MOUSTIQUES !!!!!!!(localement appelés : meegies)
Dire qu'il y en a qui vont jusqu'en Amazonie pour se faire épingler par ces bestioles maudites, alors qu'à moins de deux heures d'avion de Paris il y a tout ce qu'il faut... Et puis ce sont des vicelards ceux là.. Ils se collent à vous et ne bougent plus de votre peau comme des micro sangsues. Enfin, votre peau j'en sais rien, mais la mienne ils semblent tout particulièrement l'apprécier !Maisje vais cesser de me plaindre parce que, mine de rien, insidieusement, la rencontre des moustiques signifie que je suis passé dans un autre territoire : celui de la nature sauvage ! Fast and furious ! Mais avant cela, une petite parenthèse sur la journée "7". Maman, tu es priée de zapper ce paragraphe, il ne va pas te plaire.J'étais encore à Edinburgh. Totalement capté par cette ville, j'ai eu un mal fou à me décider à partir. Je suis d'abord passé dans un cyber-café pour mettre à jour le site et graver un CD avec toutes les photos. J'ai quand même cumulé quelque chose comme 300 prises de vue en 1600x1200 depuis le début du voyage ! L'informatique reste l'informatique, ça ne fonctionne jamais quand on veut et j'y suis resté scotché deux heures. Finalement, je pars en recherche téléphonique d'une auberge de jeunesse en dehors d'Edinburgh. Ce que je pensais être une formalité s'est révélé être une quête du Graal. Pas une seule auberge avec un lit de libre dans tout le nord de l'Ecosse. Le centre de réservation, après six de mes appels finit par me dire qu'une des seules restantes est celle de Torridon. Un coup d'oeil sur la carte : gloup ! Un coup d'oeil sur ma montre : argh ! Evidemment, impossible de rester à Edinburgh, il est trop tard pour réserver un lit. Il est 17h30, "last check in at 10:30" et j'ai 350 bornes à faire, majoritairement de la nationale et de la départementale.Ben... Je l'ai fait et je ne suis arrivé qu'avec 10 minutes de retard. Inutile de vous dire qu'il y a eu quelques excès de vitesses, quelques dépassements de sagouin, etc. Ajoutons un peu de pluie, de la route de nuit avec écureuils et agneaux qui se baladent sur le bitume, les moustiques (déjà) qui détériorent méchamment la visibilité... J'en garde toutefois un excellent souvenir, puisque c'était mon premier contact avec la "nature sauvage"... Antoine 1 - Meegies 0Je reviens sur les moustiques pour vous décrire à quelles extrémités ils peuvent nous pousser. Alors que j'entre dans la salle de bain de l'auberge de Torridon pour prendre ma douche, je constate avec horreur qu'elle est infectée de meegies ! Ces saloperies aiment la lumière et l'humidité, et profitent allègrement de l'ambiance des lieux. Deux douches sont devant moi, en vis-à-vis, et chacune avec un bon gros nuage de moustiques qui m'attendent en zonzonnant. Je tente une première approche mais je me résouds vite à battre en retraite. Leur attaque est virulente et vient de toutes parts.J'opte pour la tactique de l'armement lourd et je reviens à la charge avec mon spray anti-moustiques tropical... Après m'être copieusement aspergé le corps j'avance à pas mesurés tout en vaporisant le produit. Cela fonctionne, mais pas à 100%. Habiles, ils contournent mes flancs et m'assaillent par l'arrière.Mais ce coup-ci je fais fî des milles piqures et j'enclenche le jet d'eau de la douche. C'est le coup fatal ! Ils aiment l'humidité mais pas l'eau ! C'est la débandade, ils s'enfuient et sous la trombe d'eau salvatrice je pousse un cri de victoire : "putain ça fait du bien !". Tout en me lavant, je savoure le moment en les observant tapis sur le rideau de douches, prêts à attaquer dès que le barrage liquide s'effacera.Arrive alors un type qui vient aussi se laver. Durant deux secondes il s'arrête surpris de me voir prendre ma douche rideau ouvert. En effet, pas question de s'enfermer avec les bestioles. Si l'espace que nous partageons est trop confiné, elles finissent fatalement par atterrir sur des centimètres carrés de chair gorgée de leur nourriture : mon sang !Ces deux secondes sont fatales à mon nouveau frère d'arme : les micro-monstres attaquent, dévorent, harcèlent et le voilà reculant avec de grands gestes désespérés. Je lui transmet mon expérience en la matière sous forme d'injonctions non justifiées : "Just go inside the shower ! Launch the water ! They're afraid of water !". Il hésite une seconde et je comprends vite pourquoi, il doit se déshabiller sur place. Je lui assigne un dernier ordre : "Get naked right now ! Don't close the shower and don't worry, I've already seen a man naked !". En français : "fous toi à poil, ne ferme pas la douche et t'inquiète pas, j'ai déjà vu un mec tout nu".Il s'exécute promptement et je peux voir à son sourire de satisfaction que mes directives lui ont été bénéfiques, et durant un court instant nous sommes complices au sortir de la bataille. Je partirai avant lui, en cavalant, sans prendre le temps de me sécher sur place. Le combat fut rude, épique mais la victoire par mon hygiène n'en fut que plus grande ! Highlands...
Ce coup-ci on ne rigole plus avec les paysages... Nous passons en mode grandiose, ascendant plein-les-yeux ! La terre est aride, les montagnes majestueuses et inquiétantes à la fois. Paradoxalement, les routes sont en très bon état même si souvent elles ne se réduisent qu'à une seule voie. L'on trouve tous les 20 mètres des passing places, sortes d'alcôves qui permettent à deux véhicules de passer ponctuellement. Cela donne aussi l'occasion de s'arrêter pour admirer les lieux.A l'attention de tous ceux qui passeraient dans les Highlands en moto : faites bien attention à la gestion du carburant. On peut se retrouver pendant des kilomètres et des kilomètres sans trouver le moindre village et encore moins une station essence. Sur les deux jours, j'ai dû faire gaffe à rester bas dans les tours de la SVS pour ne pas trop consommer. Par deux fois, je suis arrivé dans une station en bout de réserve avec moins d'un demi-litre dans le réservoir. Avec ses 16 litres et bien menée, la SVS a une autonomie qui frise les 300 kilomètres, mais il convient d'être très prudent pour ne pas se retrouver bêtement à pied devant un loch, une montagne et une armée de moustiques.La balade est donc fabuleuse, et je vous laisse les photos plutôt que des descriptions sans fin... John O' Groat, dernier village de l'île... et DorisMon camarade Simon, que j'espère retrouver avec sa douce, Thuy, en Allemagne dans le courant du mois (ils sont tous deux motards), voulait que je fasse de ma SVS la moto la plus au nord de l'Europe. C'est prévu, mais déjà à John O' Groat l'esprit y est !C'est donc le dernier village de l'île et le moins qu'on puisse dire c'est que le sentiment de "bout du monde" est plutôt présent. Alors que je m'attendais à trouver moultes installations touristiques, je suis tombé sur quelques maisons, deux routes et... la mer ! Content d'être à cet endroit précis je ne ressens pas non plus le besoin de m'y attarder plus que de raison.
J'y ai rencontré Doris, petit bout de femme de 23 ans très volontaire. Autrichienne, voyageuse dans l'âme, elle en était à son 18eme jour de voyage à pied, en bus et train. Elle est en cinquième année d'études vétérinaire et me dit profiter de ses dernières années d'étudiante pour continuer de voyager.Elle a commencé par voyager en groupe avec sa classe, puis elle a continué l'été avec des voyages linguistiques à sa propre demande. Elle m'explique que les autrichiens sont nombreux à faire cela et aiment découvrir d'autres pays et d'autres cultures. Ce qui me permet de rebondir sur la situation politique là-bas. Elle n'est pas contente du gouvernement actuel , me dit voter à chaque fois qu'il y a une élection mais elle ne semble pas très impliquée. Pourtant, certaines mesures de Joerg Haider ont une influence directe sur sa vie : depuis la mois d'octobre dernier, l'université est devenue payante...Elle explique l'arrivée de l'extrême-droite (les "bleus") au pouvoir par le ras-le-bol des gens pour la politque des socialistes (les "rouges") qui ont trop augmenté les impôts. A côtés, les écologistes (les "verts") ont une influence négligeable et les conservateurs (les "noirs") ont profité de la situation pour faire des alliance et revenir sur le devant de la scène. Ces définitions colorées me surprennent un peu et j'ai l'impression qu'elle me décrit véritablement un tableau ! D'ailleurs, elle semble regarder tout cela de très loin. A propos des problèmes entre l'Autriche et le reste de l'Europe elle concluera en disant : "nous sommes un petit pays, et les autrichiens n'ont pas à se plaindre après un tel vote".Etonnament, elle n'a aucun avis sur notre dernière élection présidentielle et me dit que les autrichiens ne s'y intéressent pas non plus.Nous nous dirons au revoir le lendemain matin devant l'auberge, moi montant sur ma moto et elle sur un vélo loué... Tous deux sous la pluie.
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