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Parce que les transatlantiques...

Pise, balade en Toscane, arrivée à Florence
Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F)

29/08/2007

Aujourd'hui est une journée de balade à moto. Je quitte Lucca à regret. J'ai encore du mal à évaluer les durées des trajets par rapport aux distances à parcourir. J'opte donc pour la prudence en partant de bon matin. Et puis, je décide au dernier moment de faire un détour par Pise qui n'est qu'à une vingtaine de kilomètres. Voulant jouer au grand garçon, je me passe de Corinne et je dépasse la ville. Je m'offre donc un demi-tour, et cette sensation d'éternel recommencement : jamais je ne saurai m'orienter efficacement ! Etrangement, l'emplacement de la tour est assez mal indiqué. La complexité des rues italiennes donne du fil à retordre à mon GPS qui m'assène des "tourner à gauche", "tourner à droite" sans discontinuer. Et finalement je tombe dessus... J'ai beau l'avoir vue un nombre incalculable de fois en photos... Elle est devant moi, majestueuse, belle, blanche... et vraiment de travers ! Je fais le tour de la tour, constate encore et encore son angle improbable, m'étonne de son défi permanent aux lois de la gravité, et enfin repars pour visiter la Toscane. J'espère que celle-ci saura me consoler des villes trop vites parcourues.

Las ! Je suis bien obligé de dire qu'elle n'est pas à la hauteur de mes attentes. Certes les paysages sont grandioses, mais il n'y a rien qui me dépayse vraiment. De plus, il fait très chaud, et je ne suis pas encore à l'aise avec les températures qui font suer. Etant un motard sérieux et responsable, je garde toujours mon équipement lorsque je roule : blouson noir, avec des gants noir, un casque et un pantalon de couleurs sombres... Je suis beau dans mon armure de cuir et de sueur ! Malheureusement, pas grand monde pour le voir, puisque chaque village que je traverse est désespérément vide. Tout juste quelques vieillards qui me lancent des regards désabusés lorsque je passe et repasse devant leur banc. Je recherche seulement un endroit où me poser, boire un café, et remplir ma bouteille d'eau ! Rien n'y fait, tout est fermé et je repousse ma pause chaque fois un peu plus loin. Même les stations essences sont abandonnées. Pourvues d'automates, elles fonctionnent sans intervention de personnel, juste avec la carte de crédit du client.
Sauf la mienne. 
Je me retrouve donc à tester la sobriété de ma CBR au milieu de la Toscane. C'est finalement une machine qui fonctionne avec des billets qui me libére de cette angoisse inutile.

Je finis par me poser dans le premier troquet qui semble ouvert. En fait, je dérange. Un grand, vieux et gros monsieur au caractère bourru. Il consent à me servir. Cela fait, nous nous retrouvons en terrasse, côte à côte, sans échanger une parole. Il observe la place-parking du village comme un roi sur ton trône : le marcel imposant, le short placide, les tongs stables, et les ray-ban imperturbables. Enfin posé, je goûte le paysage et sa compagnie avec plaisir. Le soleil tape, et je ne suis pas pressé de retourner affronter les virages brûlants de la région. Mais notre virile amitié doit céder la place à mes impératifs d'itinéraires et d'horaires. Je remonte en selle et nous nous gratifions mutuellement d'un fier hochement de tête.

Après avoir jaugé le sud, je décide de me ré-orienter vers le nord pour dormir à Siena. Mauvais choix, puisque l'auberge de jeunesse affiche complet. Je change de route, vers une autre auberge plus au nord, pour finalement réaliser que je n'ai qu'à aller à celle de Florence. S'ouvre ici une petite parenthèse... J'ai, depuis longtemps, envie de visiter Florence. On me l'a décrite comme "l'autre Venise". Stendhal y a créé son syndrôme : ne supportant pas une telle beauté il en a été malade. J'ai vécu sensiblement la même chose en visitant pour la première fois Venise. Florence me fera t'elle le même effet ? Beaucoup, dans mon entourage, m'ont dit que je serai déçu. Ville musée, hyper-touristique, je ferais mieux de l'éviter pour consacrer mon temps aux plus petites villes comme Siena. On m'avait dit la même chose de Venise... Fin de la parenthèse.

Corinne me dépose après quelques péripéties au pied de l'auberge. Nous sommes encore en phase de découverte elle et moi. Alors, forcément, il y a quelques accrocs. En l'occurence, la notion de "serrer à gauche" étant assez floue en comparaison avec "tourner à gauche", je quitte l'itinéraire premier qu'elle m'a calculé. Heureusement, pas fière pour deux sous, et besogneuse, elle recalcule à la volée un nouveau trajet en fonction de mon erreur. Seulement, dans son effort constant, elle n'est pas bien finaude ma Corinne. Elle m'a emmené sur une route non goudronnée, horriblement caillouteuse et sinueuse à souhait. Après deux kilomètres de torture de mes pneus, j'ai rendu les armes et fait demi-tour. Agaçant par 35 degrés qui tapent sur le casque. Arrivé dans Florence, elle me fait faire un détour pittoresque mais pénible pour atteindre mon lieu de sommeil. Sacré Corinne  ! Elle tenait à me faire croiser un couvent. Veilerait-elle donc sur ma spiritualité ?

Assez excentrée, l'auberge a l'air grande et sympathique. Elle se révélera froide, impersonnelle et pénible. Une colonie de gamins italiens à pris possession des lieux et ça se ressent à tous les étages. Comble de malchance, et la peste soit de ma distraction ((c)Gotlib), j'ai oublié mon spray anti-moustique à Lucca... Qu'il fut long de s'endormir ! Je croise quatre jeunes français. En discutant avec eux, il semble qu'il n'ont pas bien compris où ils sont. Je cite : "Florence ça craint, y a rien pour sortir". Hum... Et ils passeront la soirée à picoler.   Je ne découvre mon colocataire que le lendemain matin. Il s'appelle Colin, il a environ 60 ans, il est australien, venu avec sa femme, et il fait un tour du monde... à moto ! Ils ont pris l'avion d'Australie jusqu'en Allemagne où ils ont alors acheté la moto (une BMW). Au moment de notre rencontre, ils en sont à 6 semaines de voyage : Allemagne, Angleterre, France et Italie. Malheureusement, nous ne pourrons discuter longtemps : je suis au saut du lit, il doit rejoindre sa femme à la salle à manger. 

C'est une nouvelle journée qui commence, après une courte nuit : visite de Florence...