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Parce que les transatlantiques...

Florence, Siena
Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F)

30/08/2007

J'ai du plomb dans les jambes pour me balader en ville. Mais bien décidé à y voir de quoi il en retourne, je me rends d'un pas vaillant à la réception de l'auberge pour signaler mon départ. J'espère surtout pouvoir y laisser mes bagages pour la journée. On me renvoit à la gare la plus proche pour user des consignes. Bon, il va falloir harnacher la moto, trouver l'endroit, tout y déposer, repartir en ville, revenir... Restons calme.

Corinne m'emmène sans trop de difficulté à la stazione. Dans la circulation florentine, je me rends compte à quel point ma CBR n'est pas une moto de ville. Il ne lui faut pas trois feux rouges pour que le moteur chauffe trop, et enclenche le ventilateur. Celui-ci expulse l'air chaud pour refroidir la mécanique, au dépend de mes mollets. Ca tombe bien, je ne transpirais que du torse, du dos, et du crâne...  Je laisse la moto au parking avant de changer d'avis devant le prix prohibitif de l'heure. Je vais juste déposer mon barda en consigne avant d'aller dans le vieux centre sur mes roues. Une fois arrivé, je découvre un problème assez surprenant pour le parisien que je suis : impossible de se garer. Non pas que ce soit interdit, mais tous les emplacements possibles sont déjà pris par les scooters. Dans la circulation ça n'est pas flagrant, mais pourtant l'Italie est définitivement le pays du scooter. Des rangées compactes sur des dizaines de mètres parcourent toutes les rues. Je crois bien que c'est la première fois que je fais l'automobiliste moyen à tourner en rond le temps de voir une place se libérer. Ce sera chose faite assez vite en empiétant légèrement un passage piéton. Enfin alors, je peux commencer ma visite dans la vieille ville. Florence est en fait un centre historique plutôt réduit, entouré d'une ville moderne et assez délicate. Après quelques minutes de marche je comprends vite que je ne serai pas charmé. Les touristes sont partout, et tout est organisé pour leur présence. Des boutiques de fringues à n'en plus finir, des vendeurs africains à la sauvette qui refourguent de la fausse Rolex sur des cartons, des convois de guidés traînés par des guides, etc. Pour sauver la ville, il y a bien sûr les monuments. C'est vrai que tout amateur de "vieilles pierres" y trouve son compte. On ne peut que s'émerveiller devant la finesse des ouvrages et leur charge d'histoire. Mais est-ce suffisant ? Difficile à dire. Noyé dans le troupeau, chaque fois que je m'apprête à laisser tomber, je croise un nouveau bâtiment pour voler mon regard. La magie opère quelques minutes, la pierre m'attendrit, m'emporte un peu ailleurs... Et puis la réalité reprend le dessus sous forme de touristes, de chaleur lourde, d'odeurs grasses, etc. Après quelques heures de marche, je quitte donc Florence sans trop de regret. Je récupère mes bagages, les remets sous le cagnard et enquille pour Siena.

A partir de ce moment là, les choses s'améliorent grandement.  Comme d'habitude, je choisis le chemin des écoliers. Comme il y a une autoroute qui fait la liaison Firenze-Siena, la départementale qui la longe est relativement déserte. Je roule donc à des rythmes variés, allant de la balade tranquille pour profiter des paysages, jusqu'à la conduite plus sportive à laquelle m'invite les lacets toscans. La fatigue se fait oublier, et le plaisir de rouler prend le dessus sur les désagréments précédents.  A l'instar de Florence, l'auberge de Siena est assez loin du centre. Corinne m'y dirige de façon assez bizarre. Je commence à avoir un doute sur sa fiabilité. L'algorithme de re-calcul d'itinéraire ne choisis pas les distances les plus courtes tant que l'on n'est pas sur la bonne voie. Etrange.  Une fois installé, je fais la connaissance de Kenneth. Danois, il est arrivé depuis deux jours et reste jusqu'en février pour étudier la l'université de Siena. Il veut exercer la profession de traducteur et vient pratiquer l'italien. Le garçon est gentil, mais pas très souriant ni causant. Pas franchement enthousiaste, il me dit que Siena que lui plait. C'est tout. Je décide d'y voir par moi-même. Une douche rapide, je reprends la moto pour aller au centre ville. Là encore, des parkings entiers remplis de scooters. Je laisse donc la CBR à l'entrée de la vieille ville et entame une petite balade.

Les premiers mètres me font bonne impression. Certes, il y a du monde, mais on est tout de même moins tassé qu'à Florence. Les commerces sont variés, et il semble que la population soit loin d'être exclusivement touristique.Au détour d'une ruelle, je descends un escalier sans trop savoir où ,il mène. Et là, c'est la grande claque. J'arrive directement sur la piazza del Campo. Un immense parvis en forme de coquilage, superbement éclairé, où tout le monde est installé à la bonne franquette. L'ambiance m'envahit d'un coup et c'est un délice. Je me pose immédiatement dans coin, et j'hûme l'air de la ville. C'est ici que son coeur bat, c'est ici qu'elle vit pleinement. C'est dans ces moments là que mes voyages prennent toute leur saveur. Elle est là cette sensation d'un ailleurs qui vous accueille à bras ouvert. Ma décision est vite prise : je ne reprends pas la route demain, je vais plutôt essayer de faire miennes les rues de Siena. Après cette première oeillade, je trouve un cybercafé pour régler les affaires courantes et mettre à jour le site. Quelques mails plus tard, je retourne sur la grande place, une pizza à la main, et m'installe confortablement pour continuer mes échanges citadins. Il y a tout une vie sur la piazza. Des familles pique-niquent, des jeunes boivent des bières et fument des joints, des enfants cavalent dans tous les sens, des amoureux roucoulent... Et moi, je me laisse bercer par ce petit univers. Je suis juste bien, là.