Parce que les transatlantiques...
| Ancona, puis bateau vers la Turquie |
| Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F) | |||
![]() 31/08/2007 - 02/09/2007J'écrit depuis le bateau qui m'emmène en Turquie. Ma journée à Siena a été comme je l'espérais : tranquille et agréable. J'ai juste eu droit, en fin de journée, à un orage qui m'a "contraint" à rester plus longtemps que prévu dans un café Internet. Pour le reste, balade dans les rues, visites en tous genres, et terrasses de cafés ont été mes principales occupations. Le soir, un grand concert gratuit était donné sur la piazza del Campio. Au menu, l'arrivée surprenante de tambours (brésiliens ?) par les rues adjascentes. Ensuite, sur scène, un chanteur Italien apparemment connu, et drôle, si j'en juge les réactions du public. Et pour finir, une chanteuse d'origine brésilienne. Les tambours ont donné le ton, faisant vibrer les vénérables pavés de la place, suivis d'une petite foule dansante. Après quelques dizaines de minutes de retard, c'est le chanteur Italien qui prend le relais, accompagné d'un quatuor jazz et d'un accordéoniste. L'ambiance est magique, festive sans hystérie collective, ce qui m'arrange ouisque je suis ochlophobe. Je quitte malheureusement tout cela vers 23h30, pour ne pas me trouver (encore) coincé devant la porte de l'auberge qui ostracise dès minuit. C'est avec une réelle tristesse que je me rends compte que je ne repasserai plus par la piazza del Campio avant longtemps. Le voyage reprend ses droits. La journée du lendemain est une liaison entre Siena et Ancona d'où je dois prendre le bateau pour la Turquie. L'auberge expulse ses occupants pour 9h30 et j'ai environ 200 kilomètres à parcourir. La tentation de retourner en balade dans Siena est grande. Mais elle est freinée par le souvenir, ô combien douloureux et vivace, d'une crevaison l'année dernière. J'avais perdu pas mal d'heures, alors en France, à être remorqué et voir de nouvelles gommes sur mes roues. S'ensuit des crises de paranoïa qui me porte parfois à des précautions exagérées. Si pareille mésaventure venait à m'arriver aujourd'hui, je peux dire adieu à la Turquie : il y a un bateau tous les 8 jours ! Toutefois, encore et toujours, je me fais plaisir en choisissant quelques petites routes sur le trajet. Je roule alors dans une très belle région avec un temps idéal. Le paysage défile paisiblement de chaque côté, entre falaises et plaines verdoyantes. Et c'est finalement très vite que j'arrive à Ancona. Tellement vite, qu'après récupération du billet au port, où l'on m'annonce l'embarquement pour 21h00, je constate que j'ai 6 bonnes heures à tuer... Une petite visite de la ville plus tard, je me pose dans un cybercafé pour le reste de la journée. On ne se refait pas. Je ne le quitte qu'à 20h30 pour me rendre directement au port. Là, je vois enfin le bateau qui sera ma maison pour plus de deux jours. Je le trouve plutôt petit, notamment en comparaison avec le ferry que j'avais pris entre la Suède et la Finlande en 2002. L'embarquement n'a pas encore commencé. En fait, c'est le débarquement qui n'est pas fini ! Je patiente avec un groupe de motards suisses, un couple turc (en moto aussi) et un français en 125. Nous en aurons pour plus de deux heures avant de nous enfourner avec nos machines, vers minuit, dans les entrailles de la bête. Et dire que le billet annonçait une présence obligatoire à 19h30 ! J'ai pris l'hébergement le moins cher sur le bateau. Cela se traduit par une cabine minuscule à deux lits superposés, et rien d'autre, au plus profond des ponts. Ca me convient très bien, tant qu'il y a de quoi dormir convenablement. Le tour du navire est vite fait : un seul étage ne comporte pas de cabines. On y trouve un restaurant, un bar, une boutique, un dancing et un coiffeur. Je visite les coursives extérieures alors que nous navigons déjà. Etrange sentiment que de se voir partir vraiment pour un pays inconnu. Ca palpite un peu plus fort en moi, sous la forme d'un mélange d'excitation et d'angoisse. Maintenant, pour faire demi-tour ça va être une autre paire de manches ! Je partage ma cabine avec mon compatriote en 125. Il s'appelle Jean-Paul, 40 ans, et beaucoup de kilomètres à son actif. Il a fait pas mal de pays de la Mediterranée et c'est son deuxième passage en Turquie. Il va pousser jusqu'à l'Est faire une boucle en passant par la Géorgie et l'Arménie. Tout ça sur une Honda Varadero 125 qui atteint péniblement les 100 km/h. Chapeau. Je profite de son expérience pour retenir conseils et avis en tous genres. Il m'affirme que les routes Turques sont très praticables. Ca n'est pas ce que racontent les divers sites web que j'ai compulsé dans l'après-midi. Ils disent de se méfier des "sleeping soldiers" : des dos d'âne non signalés qui sont parfois vraiment haut. Il y a aussi la présence de sable sur la route pour l'entretien du bitume. Et bien évidemment, les autres usagers de la route selon le principe du plus gros qui gagne. Vanessa m'a d'ailleurs répété à foison de faire très attention aux camions et aux bus. La journée sur le bateau s'écoule paisiblement. Il n'y a pas grand chose à y faire, donc j'écris, j'écoute de la musique et surtout je bouquine les guides et cartes que Jean-Paul m'a gentiment prêtés. Je ne me suis absolument pas renseigné avant de partir. Bien qu'étant en mode "improvisation totale", je m'en voudrais de passer à côté de visites intéressantes. Et puis je dois prendre en compte le ralliement avec Vanessa, le restant du voyage et les finances. Je me creuse encore et encore la tête pour trouver le meilleur compromis. A chaque fois j'en arrive à la même conclusion : je verrai bien quand j'y serai ! C'est au soir de la première journée de traversée que je croise Raymond. Il annonce 84 ans et on le croit sur parole. Gigantesque vieux monsieur, deux paires lunettes attachées au cou, un peu sourd, un sourire et un regard d'une malice incroyable. Je l'ai d'abord entendu discuter avec un autre français dans le restaurant. Puis, passant à côté de moi, il me demande en anglais si j'ai Internet sur mon PC. Rappel : 84 ans. Nous entamons une discussion qui lui deviendra vite un monologue imposé par mes questions. Il est fascinant et touchant. Habitué de la Turquie et il y retourne une fois de plus pour faire du voilier. Seul. Anciennement importateur de bois, il a beaucoup voyagé, notamment en moto, dans les années 50. Il raconte ses déboires avec la police de Franco lors d'un Belgique-Espagne : surveillé à chaque étape pour vérifier qu'il n'importait pas quelque subversion... Sa voix exprime totalement sa nostalgie de ses aventures. Je lui exprime toute mon admiration devant son âge. Il me dit que sa forme n'est qu'apparence. La fermeté de sa poigne, lorsque nous nous serrons la main, trahit ce mensonge !
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