AntoineViau.com

Parce que les transatlantiques...

Découverte de la Turquie
Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F)

03/09/2007 - 04/09/2007

La seconde journée de traversée ne diffère assez peu de la première. Je continue d'en apprendre sur la Turquie via le Guide Michelin prêté par Jean-Paul. Je passe aussi un peu de temps à discuter avec  Raymond qui m'octroie bien gentiment quelques uns de ses souvenirs. Il s'étonne des caractéristiques sportives de ma moto face à mes choix de voyages. Je lui explique que c'est une question d'habitude, matinée d'un peu de masochisme par fierté mal placée. Chacun gère sa masculinité comme il l'entend !  Raymond, lui, a connu les grandes moments épiques de la moto. Les époques où ces engins étaient dangereux par eux-même, où il fallait savoir jouer de l'outil pour réparer en rase campagne, où les courses se faisaient sur routes publiques (fermées pour l'occasion, tout de même) et réclamaient leur dû en accidents souvent tragiques. Pensez donc que le principal problème de Raymond, lorsqu'il voyageait à moto, était de trouver des chambres à air pour pallier aux nombreuses crevaisons. Quand je pense qu'il m'a fallu un coup de téléphone l'année dernière pour me sortir de mon pneu déchiré...

Nous arrivons vers 19h00 à Cesmes. Comme à mon habitude, je pose un baiser de la main sur le sol qui m'accueille, façon de dire bonjour à ce pays que je ne connais pas. En réponse, je vois passer un petit chat devant ma moto, puis devant moi. Je crois que la Turquie et moi-même allons bien nous entendre...

Le passage des contrôle se fait assez facilement, mais lentement. Moment d'angoisse pour Jean-Paul qui s'est trompé dans ses papiers d'assurance et à pris une version périmée ! Heureusement, la papillon collée sur sa moto est le bon, et convainc la police de le laisser rouler en Turquie. La nuit est déjà tombé quand je suis officiellement en Turquie. Pas question de prendre la route : nous     chercherons un hébergement à Cesmes. Petit tour en ville pour constater que l'endroit est sympathique. En ce lundi soir, beaucoup de badauds profitent de la douceur (chaleur !) pour se balader en bord de mer.  Avec Jean-Paul, nous cherchons vainement une pension indiquée par le guide, jusqu'à ce que je craque et aille demander une chambre dans la première que je trouve. Coup de chance ? Standard hôtelier ? Pour environ 17 euros chacun, nous partageons une chambre de trois lits, toute neuve, toute propre, avec salle de bain et peit-déjeuner inclu. Je découvre par la même occasion l'hospitalité turque souvent décrite par Vanessa. Ce n'est pas un vain mot de dire qu'on vous accueille en invité : le premier fils de la patronne déplace sa voiture pour que nous puissions parquer nos motos, et le second nous aide à les caler comme il faut. Je teste aussi mes premiers mots en langue turque : "merhaba" (bonjour), "tesekkur indere" (je vous remercie), lüften (s'il vous plait), etc. Pas franchement probant, mais apparemment l'intention est appréciée. Petite balade en ville pour goûter, une fois de plus, l'ambiance. Passage, obligé, dans un cybercafé, puis retour à la pension pour récupérer de cette rude journée de bateau (hum).

Première constatation au réveil : en Turquie il fait chaud. Je mets un pied sur le balcon de notre chambre et j'imagine déjà la journée de sueur qui m'attend. Je tourne résolument le robinet d'eau froide pour me doucher. Ca ne sera pas de trop. Le petit déjeuner à la turque est du genre copieux et bon : tomates fraîches, oeufs durs, toasts, confiture, fromage... De quoi emmagasiner de l'énergie pour la route. Je passe à la banque changer 200 euros. Pour les conversions, ça sera facile : 1 livre turque = 0,56 euros, soit une division par deux en simplifiant. J'ai peine à quitter l'espace totalement climatisé de la banque. Le choc thermique en sortant est brutal, et mon t-shirt commence déjà à montrer des traces de transpiration. Je prépare la moto, enfile mon blouson et mes gants en pensant très fort à l'été pourri à Paris. Contact, première, gaz : Turquie, me voilà.

Direction Izmir, puis Ephese pour un peu de visite culturelle. La sortie de Cesmes se fait obligatoirement par autoroute. Ca me permet de m'adapter plus facilement à la chaleur. En roulant je suis rafraîchis par le vent. Mais je me déshydrate à une vitesse affolante. En moins de 50 kilomètres je commence à avoir du mal à respirer et j'ai la tête lourde. Je fais très vite ma première pause à une station service, et je vide la moitié de ma bouteille d'eau. Ca va immédiatement mieux. J'en profite pour revoir mon itinéraire. Il n'en faut pas plus pour qu'un quidam vienne s'enquérir sympathiquement de ma condition. J'avais eu ouïe dire de la curiosité naturelle des turcs. J'en ai là, la première démonstration. Apparemment, la sportivité de ma moto étonne et plaît. Je repars donc après une petite discussion, où mon interlocuteur m'a demandé un cours de français express. Je lui ai laissé quelques notes en pense-bête. Puissent-t'elles lui être utiles et servir aussi un compatriote ! 

Après l'autoroute, j'attaque des routes plus classiques. Sur ce point j'ai entendu tout et son contraire. D'après certains sites web ce sont des pièges à motards. D'après Jean-Paul, elles sont très largement pratiquables. Les premiers kilomètres semblent lui donner raison. Ca n'est pas du bitume bien plat à la française, mais il n'y a pas spécialement de trous ou de bosses. Jusqu'à ce que la route change totalement sans aucun panneau indicateur. Je me retrouve à rouler sur une sorte de tapis de cailloux où ma stabilité est mise à l'épreuve. A 30 km/h, je me fais doubler sans arrêt. La conduite locale est assez particulière mais pas imprévisible. Certains vont très vite, d'autres sont presque à l'arrêt, et les dépassements se font cordialement, mais virilement. Après quelques kilomètres d'angoisse, je retrouve une route propre et j'enquille sans soucis. En réalité, j'avance nettement plus vite que prévu. J'ai pris l'habitude de me traîner dans les montagnes italiennes. Ici, dès que le bitume le permet, ce sont plutôt des lignes droites parsemées de très grandes courbes. J'en profite pour observerle paysage. Il alterne collines et arides et prairies verdoyantes. J'ai droit à de beaux horizons où se découpent des montages plus ou moins importantes. J'arrive donc à Ephese en tout début d'après-midi. Quand le soleil est à son zénith. L'endroit est magnifique, imposant et bien plus que chargé d'histoire. C'est une civilisation qui nous est dévoilé : théâtrefontaineédifice religieux, et même les latrines ! Je marche au milieu des ruines, trempé de sueur mais heureux d'être là. Chance, il n'y a pas trop de touristes, et je profite en douce des explications d'un guide anglophone.

Je repars avec une hésitation : continuer au sud ou m'enfoncer dans les terres en direction de Pamukkale et Aphrodisias ? Le choix sera fait par un jeune pompiste à qui j'expose la carte. Pour lui, je dois aller au sud voir Pirene. Si fait ! Mais finalement, j'ai passé trop de temps à Ephese pour me permettre une visite du site de Pirene. Je passerai devant avant de continuer, pour croiser celui de Milet. Là, je suis carrément repoussé par l'odeur nauséabonde qui règne. Juste en face des ruines il y a une décharge ! Je ne regrette pas vraiment de passer à côté des ruines. Je suis en voyage, pas spécialement touristique, et je préfère croiser des moments plutôt que de visiter des lieux à toute force. J'avance donc vers mon point de chute du jour. Je longe la côte. C'est une succession de stations balnéaires où les complexes touristiques bétonnés ont poussé comme des champignons. Quelques très rares endroits sont encore vierges, mais pour le reste il faut composer avec boutiques, béton, béton, et encore béton. 

C'est finalement du côté de Didim que je me décide à me poser. C'est une station balnéraire plutôt remplie. Je ne trouve pas de pension mais un petit hôtel m'inspire confiance. Encore une fois, bon choix, puisque j'ai droit à un chambre très confortable, avec salle de bain, balcon, et petit-déjeuner inclu, tout cela pour environ 20 euros. La qualité est du genre hôtel-béton, mais il y a de quoi me doucher, et un lit pour dormir. Je ne sortirai que pour manger. L'occasion pour moi de discuter un peu avec les gens. Toujours cette gentillesse, ces efforts pour communiquer... Et mon premier thé (cay) offert ! Là encore, ça sera autour d'une leçon de français rigolarde. Je finis la soirée en écrivant ce texte, sur le balcon de ma chambre. J'ai le bruit de cette ville de vacances, et ça me convient bien. Toujours "goûter" l'ambiance, l'atmosphère...

De l'avantage et l'inconvénient de connaître quelques mots en turc...

C'est un principe : j'apprends les expressions locales de politesse dans chaque pays que je traverse. Selon la langue, elles sont plus ou moins faciles à retenir. Pour le turc, je souffre un peu et je ressors régulièrement mon carnet. Inconvénient : je n'ai pas l'air bien malin. Avantage : on apprécie mes efforts. Pour le reste, je mélange allègrement anglais, italien, français et quelques mots de turc. Dans l'ensemble ça passe et je crois n'avoir encore insulté personne. Autre inconvénient : quelques mots font croire une bonne maîtrise de la langue. Je dois alors vite interrompre mon interlocuteur qui se lance dans de grandes explications qui me sont totalement incompréhensibles. Déception pour lui, plates excuses pour moi.