Parce que les transatlantiques...
| Rencontre |
| Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F) | |||
![]() 05/09/2007La journée commence dans les complications. Je me dirige de mon pas habituel du matin vers la salle de bain : traînant. La douche du réveil est un moment sacré. Avant elle, je me refuse à exister. Comprenez mon aigreur quand je découvre l'absence totale d'eau au moment de tourner les robinets. La réception m'informe que tout le quartier est touché et qu'il faut compter une heure pour voir le retour de l'eau. Peut-être deux heures. Peut-être trois ? Je fais bonne figure devant l'air désolé de mon hôte et tente la patience. Je profite du moment pour écrire un peu et faire les comptes. Puis comme rien de bon ne s'annonce, je me décide à faire trempette dans la piscine de l'hôtel, au moins pour me réveiller totalement. Inutile ensuite de s'attarder, la station hyper-touristique commence à s'éveiller à son tour et j'ai eu ma dose de touristes/béton. J'harnache donc la moto, direction l'est pour voir les montages blanches de Pamukkale. La température est la même que la veille : il fait donc très chaud. Je laisse le blouson en partie ouvert. Tant que je roule, ça peut aller. Le vent de la vitesse me rafraîchit. En revanche, le moindre ralentissement, ou pire, le moindre arrêt est une torture calorifique. Le soleil cogne dur sur le casque et le blouson. La moto passe de 80 degrés à plus de 110 degrés en quelques minutes et son ventilateur évacue le trop plein de chaleur directement sur mes jambes. Souvent, je dois justement ralentir le rythme pour prendre en compte les facéties du bitume. Le piège vient surtout du goudron utilisé dans les villes : il est très lisse, parfois couvert de sable, et donc extrêmement glissant. Je me suis fait une frayeur au démarrage à un feu rouge, et chaque freinage se fait avec tout le doigté possible. Mon itinéraire me fait reprendre en partie mon trajet de la veille, puis bifurquer sur une route principale vers l'est. Peu fréquentée, je roule tranquillement et profite du paysage. Aride comme toujours, mais pas désertique. Dommage qu'il soit gâché par les constructions. Vraiment rares sont les batiments qui respirent l'ancien. Tout semble sorti de terre récemment, et jamais réellement fini. Aucun village un peu pittoresque, que des petites villes traversées par des artères goudronnées et porteuses de boutiques clinquantes. Peut-être ne suis je pas sur les bonnes routes ? J'ai un peu peur de m'aventurer avec la CBR sur les chemins de traverses. Par exemple, à Nyssa, alors que je visite le site antique, ce qui s'annonçait comme une route vaguement goudronnée devient vite une piste de sable qui s'enfonce dans une forêt sèche. Néanmoins, je ne me refuse pas des arrêts dans des cafés. Je me demande si je n'ai pas fait une boulette en me posant à une table sur une terrasse remplie uniquement de vieilles personnes (des hommes seulement). On m'a tout de même servi un thé, et personne ne s'est occupé de moi. Ce qui me surprend, c'est avec quelle facilité je me sens à l'aise quand je me pose quelque part. Les gens ne semblent pas s'émouvoir plus que ça, et j'ai l'impression d'être intégré dans le décor dès que le premier effet de surprise est passé. Ca a été notamment le cas dans une station service. Je fais le plein, puis je me prends une boisson fraîche et des gateaux. J'avise quelques fauteuils en plastique et m'installe. Sans m'en rendre compte, je me suis mis à l'endroit où les employés de la station attendent les clients. Loin de me faire partir, ils s'installent à leur tour, devisent un peu entre eux, puis vaguement avec moi à propos de ma moto. Et finalement, nous regardons la route tous ensemble, silencieusement. Situation reposante, comme j'aime. Je double une moto. Comme le veut la tradition motarde, je salue mon compère, qui me rend la pareille. Quelques kilomètres plus loin, il me double à son tour, puis me fais signe de m'arrêter. Je m'exécute, et il me propose le plus simplement du monde de venir déjeuner avec lui. Pourquoi refuser ? Nous nous rendons dans un restaurant qui fait face à notre point d'arrêt et nous dégustons un délicieux et "real" kebab. La communication se fait dans un anglais approximatif mais suffisant. Il s'appelle Pati (orthographe incertaine), il a 33 ans, deux enfants, et travaille dans une usine d'acier. Un de ses oncles a vécu à Strasbourg et est rentré récemment au pays. Il a l'hospitalité et l'invitation assez autoritaire. La moitié de ses phrases sont conclues par un "my friend". J'aime bien. Il me laisse à peine le temps de digérer pour m'inviter à voir son usine. Je le suis, et constate son aisance et sa non-appréhension du bitume turc. Une fois arrivé, j'ai droit à la visite de l'usine et au traditionnel thé avec son frère, dans le bureau patronal. Nous parlons assez peu mais l'atmosphère est cordiale. Que demandez de plus ? Après remerciements, je reprends la route pour Pamukkale. Dans Denizli, un peu paumé, je demande mon chemin à un feu rouge. Quand celui-ci passe au vert, je suis soudainement assailli de coups de klaxon de la part d'un autobus. Il s'approche de moi, et le chauffeur, grand sourire aux lèvres, me demande où je veux aller... en français. Sans complexe, il arrête son véhicule, et de la haute fenêtre il m'explique la bonne direction, ainsi que l'origine de son français : il a vécu quelques années à Neûchatel. Et effectivement, je perçois nettement un petit accent suisse mélangé à son accent turc. Je le lui dis, et nous rigolons au milieu du traffic ! Du grand n'importe quoi, comme j'aime. A peine entré dans Pamukkale, je suis hélé par un rabatteur d'hôtel. Poli, je m'arrête pour l'écouter : sa proposition me convient et j'ai droit à une chambre de meilleure qualité que la précédente, petit-déjeuner et Internet gratuit dans le hall, pour 11 euros ! Je m'arrête donc là pour ce soir. J'irai demain matin visiter les montagnes blanches.
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