Parce que les transatlantiques...
| Montagne blanche, route et vacances |
| Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F) | |||
![]() 06/09/2007 - 10/09/2007J'ai mal dormi. Trop chaud et trop de moustiques qui n'étaient freinés ni par mon spray, ni par le diffuseur gracieusement fourni par l'hôtel. Ca doit être une espèce mutante, plus résistante que le standard habituel. Et pour couronner le tout, le couple installé dans la chambre d'à côté s'est pris d'une crise de luxure à 7 heures du matin ! Et madame appréciait de vive voix les attentions de monsieur. Je prends donc un petit déjeuner grognon et regarde la montagne blanche d'un air mauvais : "toi, va falloir que tu me plaises". Je range mon barda et le laisse à la réception. Les travertins de Pamukkale sont à moins de 500 mètres, j'y vais en tongues, puisque sur place il est obligatoire de se déplacer pieds nus. Un chemin caillouteux et 5 livres turques plus tard, j'arrive sur le site. Il est environ 11h00 et déjà les touristes ont pris place. Ils ont bien compris que l'endroit est une des plus vieilles stations thermale de l'humanité. Je suis un des rares à ne pas être en maillot de bain. Des "naïades" d'âges divers se baignent et bronzent un peu partout, avec le moins de tissu possible. Le contraste est d'ailleurs saisissant : quelques dames turques, très vêtues (djellaba et foulard), côtoient ces touristes (majoritairement des russes) qui exposent leurs formes sans aucun complexe. Je ne suis pas du genre à me choquer facilement, mais tout de même... A plusieurs reprises, des filles se font photographier en prenant des poses définitivement obscènes. A quatre pattes, les fesses dévoilées par le string, avec un regard de circonstance pour l'objectif de monsieur. J'ai du mal à comprendre un tel comportement au milieu de tout le monde et notamment d'enfants et personnes âgées. Je me force à faire abstraction, et essaye de profiter de l'endroit. C'est vrai, il est magnifique. Les sources d'eau chaude jaillissent et portent avec elles des sels minéraux. L'écoulement recouvre la montagne et compose ces fameux travertins dans lesquels on pouvait auparavant se baigner. Suite à la quasi destruction du site par le tourisme et l'immobilier sauvage, tout a été réglementé. Maintenant, des gardes en uniforme, sifflet aux lèvres, alpaguent les contrevenants de manière ferme. Seuls quelques travertins spécialement aménagés sont autorisés. Pour les autres, on touche avec les yeux. Ils sont même partiellement reconstitués artificiellement par des tuyaux qui versent de l'eau. La vue sur la plaine ne gâche rien, et je trouve un endroit que la foule semble ignorer. Enfin un peu de tranquilité et de recueillement... La descente est sans commune mesure avec la montée : l'afflux de touristes s'est accru et une longue chaîne humaine pratique l'ascension. Je ne suis pas fâché de me diriger à contre-courant, vers ma moto. Au moment de reprendre la route, je constate qu'il fait nettement moins chaud que la veille. Ce qui n'est pas un mal. Le programme de la journée doit me ramener vers le sud, en bifurquant vers l'ouest pour ne pas accéder à Antalya immédiatement. Rendez-vous a été pris là-bas avec Vanessa pour samedi soir. Ca me fait trois journées à remplir et j'ai un mal fou à déterminer mes itinéraires : comment sont les routes ? Où vais-je dormir ? Combien de temps me faudra t'il ? etc. Je pars donc au petit bonheur, avec l'improvisation en roue de secours. Ma bonne étoile veille sur moi. Quelle magnifique journée motarde ! La Turquie, dans cette région, est tout simplement magnifique. Elle est offre des reliefs imposants qui débouchent soudainement sur d'immenses plaines. Le bitume est très convenable. Je ne suis pas en pilotage sportif pour autant, surtout par la présence d'un fort vent latéral sur les plateaux. Avec ma bagagerie j'ai un aérodynamisme digne d'une armoire normande. Quelques rafales me surprennent et provoquent des zig-zag intempestifs. Comme en Norvège, en 2002, lors de l'assaut du Cap Nord, je prends vite le pli, et fini par user du vent pour gérer mes trajectoires. Sauf que là c'est nettement plus facile : il y a essentiellement des lignes droites ! Le trafic est léger, mais je dois toujours resté concentré. Non pas que les autres conducteurs soient spécialement dangereux, mais l'on a tôt fait de débouler sur un camion qui se traîne à moins de 30 km/h ! Depuis que je roule en Turquie, je vois sur le bas côté des petites échopes, généralement faites de bout de bois, où sont vendues des fruits. Aujourd'hui, je remarque la présence supplémentaire d'appareils d'où sort de la fumée, et décide de m'arrêter y voir de plus près. C'est un bâtiment, incongru, d'un seul étage, qui sera mon lieu d'expérimentation. Je suis accueilli, voire interpelé, par une gamine d'environ douze ans. Je gare ma moto à l'ombre et vais d'abord saluer trois hommes assis dans un coin. La demoiselle s'approche et me propose du thé, en anglais. A peine ai-je acquiescé que l'on m'apporte une chaise et une tasse brûlante. S'approche alors l'un des hommes qui se présente et m'offre un brin de conversation décousue par la barrière de la langue. Il m'offre un tour du propriétaire. Le bâtiment tient des robinets en sa base, et l'étage est composé d'une seule pièce : une salle de prières. Ibrahim m'explique qu'il a aussi fait de la moto, que c'est dangereux et qu'il a eu un accident. Mais je n'en suis pas bien certain. Il me laisse son numéro de portable "au cas où". Pour le reste, mon seul rôle consiste à déguster mon thé en admirant le magnifique paysage. On me propose aussi du maïs "super" (je cite) sorti d'une marmite bouillante. Je suis tenté, mais n'ayant pas faim je décline la proposition. Cette qualité d'accueil des turcs est proprement incroyable. On arrive n'importe où, et l'on semble tout de suite entrer dans le cadre. Un peu de causette, un peu de thé, et puis on laisse vivre tranquillement le moment. Un vrai bonheur. Je m'y complais tellement que je suis sur le point de partir quand je me rends compte que je n'ai pas payé le thé ! Quelle honte... Je termine ma journée à Fethiye, petite ville portuaire. J'attrape le premier hôtel qui me semble correct. Je suis crevé : un dîner rapide, un peu d'écriture, un peu de télévision turque et... dodo. J'aime pas les villes, j'aime pas les villes, j'aime pas les villes. Il y fait trop chaud et la conduite virile des turcs y déploie toute sa bandaison. Je perds un temps fou à sortir de Fethiye et les derniers kilomètres se font sur une route en construction. Un supplice pour la CBR dont le moteur chauffe plus que jamais, et dont les suspensions implorent grâce à chaque nid de poule. Je ne parle même pas de mes jambes surchauffées et de mon dos maltraité. Enfin, un bitume plus lisse se profile, et je quitte progressivement la densité démographique citadine pour des contrées plus sauvages. Je me dirige vers le sud avec l'intention de longer la côte jusqu'à Antalya. La matinée est très agréable. Les imperfections des routes turques me sont dorénavant coutumières et j'arrive à composer avec elles sans trop de difficultés. Evidemment, je n'ai pas latitude à la conduite sportive, mais j'emprunte un style à peu près coulé qui rend la manipulation de la moto beaucoup plus douce. C'est un trajet gentiment montagneux qui me mène à la mer. Le partie côtière est splendide : il suit le relief et se compose ainsi de courbes qui débouchent sur debelles vues. Deux inconvénients majeurs : l'état de la route reste un barrage sévère à toute envie d'angle. Et surtout : il souffle un vent à décorner les boeufs ! Je me fais de vraies frayeurs quand la moto se tortille sous les coups d'Eole. J'hésite sans cesse sur la stratégie à adopter : petite vitesse bancale mais rassurante, ou vélocité conséquente à inertie stabilisatrice ? J'arrive alors à Finike où j'ai l'opportunité de bifurquer au nord, dans les terres. Le vent me semble vraiment trop dangereux et cette direction n'est plus vraiment une option. Ca me rallonge un peu la distance jusqu'à Antalya, mais rien de méchant. Et puis, je préfère toujours rouler l'esprit serein plutôt que torturé par l'angoisse d'un déséquilibre imprévisible. Je ne suis pas motard des villes, je ne suis pas motard venteux, mais je suis définitivement motard des montagnes. Quelle beauté ! Quel bonheur ! J'enquille les kilomètres dans des paysages magiques. J'ai envie de m'arrêter toutes les 5 minutes pour prendre des photos. Au bout d'un moment, c'en est trop, je veux partager ça, et j'appelle mon Papa pour lui raconter l'endroit. C'est au milieu d'une ligne droite sans fin, que je passe mon coup de téléphone. Elle traverse un immense plateau qui s'élève aux alentours des 1000 mètres. Cette altitude, offre un peu de fraîcheur bienvenue. Pour le coup, je suis en dépaysement total : l'alternance des couleurs et des formes est fascinante. Parfois plongé entre les montagnes, on débouche soudainement sur de vastes étendues plates ou paissent des moutons noirs. Pas grand monde sur la route, et les quelques camions ou scooters que je croise me saluent d'un coup de klaxon ou d'un geste de la main. C'est lors de la n-ième pause photo de la journée que je croise Anne et Vincent. Une voiture s'arrête, et une voix française, souriante, me demande si je suis perdu. La discussion s'engage et je fais leur connaissance. Ils sont tous deux ingénieurs agricoles et, en tant qu'expatriés, vivent en Turquie depuis deux ans. Au moment de notre rencontre, ils reviennent de vacances et retournent chez eux, à Antalya. Est ce dans leur nature ? Est ce l'influence de l'hospitalité turque ? Ils sont d'une gentillesse et d'une sympathie rare. Nous parlons de plein de choses, jusqu'à ce que Vincent me fasse remarquer que la nuit tombe et qu'il vaut mieux que j'arrive à Antalya au plus vite pour ne pas prendre de risque. Il me laisse sa carte et me propose de dîner avec eux le soir-même. Je reprends la route, le sourire un peu plus béat, et j'arrive à Antalya alors que le soleil est déjà couché. Nous sommes vendredi soir et la ville est très encombrée. Je suis vraiment mal à l'aise au milieu du flot de voitures qui s'écoule à une allure peu commune. J'avais pour intention de me trouver une petite pension pas chère pas loin de l'hôtel de Vanessa et Olivier. C'est en trouvant celui-ci que j'opte pour la solution de facilité, et la sécurité : j'y prends une chambre à 50 euros pour ne pas avoir à retourner dans le traffic. Anne et Vincent viennent me chercher en voiture et m'emmènent dans une de leurs cantines. Ils m'expliquent qu'avec la croissance fulgurante que connaît le Turquie, la population a gagné en niveau de vie. De ce fait, les restaurants plus authentiques subissent la concurrence des enseignes plus luxueuses et tendent à disparaître. C'est dans la continuité de tous les nouveaux bâtiments, hôtels et autres, qui fleurissent partout dans la ville. Vincent m'annonce plus de 8 millions de touristes à Antalya chaque été ! Nous arrivons donc à un restaurant de poissons (nous sommes vendredi, ne l'oublions pas) où le patron et les serveurs accueillent mes hôtes avec chaleur. Nous passerons une soirée délicieuse où je me régalerai. Ils me racontent un peu de leur vie, beaucoup de leur métier. Ils produisent, par des croisements naturels, des espèces de légumes qui résistent aux virus. La notion de "naturels" est d'importance puisqu'il s'agit de l'opposé des OGM. En se basant sur des combinaisons d'espèces pour un légume donné (Vincent citera souvent la tomate), ils doivent fabriquer une nouvelle espèce capable de résister à diverses maladie, mais aussi avoir l'apparence qui convient au consommateur. Bien que travaillant pour une compagnie internationale, ils sont basés en Turquie car c'est un marché conséquent pour les fruits et légumes. Le marché des graines de tomates en serres représente à lui tout seul plus de 20 millions d'Euros rien que pour la Turquie ! Nous parlons, parlons et parlons encore. La soirée s'écoule paisiblement jusqu'à point d'heure. Le patron s'installe à notre table, ce qui me permet de constater l'aisance avec laquelle Anne et Vincent parlent turc. C'est tard dans la nuit, devant mon hôtel, que je remercie encore et encore mes compatriotes. Je m'écroule dans le sommeil du bienheureux.... Journée d'une tranquillité sans pareille pour le lendemain. J'attends Vanessa et Olivier, qui s'annoncent pour 17h00. Je règle quelques formalités de chambres avec la réception de l'hôtel, puis passe le reste du temps à traîner devant mon PC. La journée d'hier, environ 400 kilomètres, m'a fatigué. Les retrouvailles ont lieu à l'heure dite, avec les effusions de joie qui vont de pair avec la situation. Voilà des années que Vanessa me parlent de sa passion pour la Turquie. Des années qu'elle m'emmène régulièrement à sa cantine turque de Paris (Assoce, rue Saint-Maur dans le 11e), que je connais sa décoration d'intérieur plutôt inspirée. Puis, ce déjeuner où je lui propose de nous retrouver dans "son" pays. Et quelques mois plus tard, l'événement a lieu, le contact est fait à Antalya : je lui saute littéralement au cou ! Nous passerons quelques jours ensembles, rejoints par un couple d'amis turcs, Korhan et Arzu. Korhan est ingénieur réseau mais termine actuellement son service militaire. Arzu travaille pour le club de football de Fenerbahçe. Il faut savoir qu'en Turquie le football est une religion et que ses prophètes sont deux clubs d'Istanbul : Galatasaray et Fenerbahçe. Où que l'on vive en Turquie, l'on doit faire un choix entre ses deux équipes. D'après ce que m'avait expliqué Vincent, l'un est plus populaire, et l'autre plus apprécié des cadres. Pour l'heure, le programme est simple : petit-déjeuner, voire déjeuner, piscine, bronzette, sortie en ville, dîner, balade, dodo. Et parallèlement à tout cela : beaucoup de blabla et de rigolades. La belle vie en somme !
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