Parce que les transatlantiques...
| Bulgarie - Roumanie |
| Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F) | |||
![]() 14/09/2007 - 16/09/2007Avant de partir de mon second hôtel de luxe, je profite outrageusement du buffet offert pour le petit-déjeuner. J'ai payé cher mon arrêt à Istanbul, mais au moins j'en ai pour mon argent ! Je m'empiffre sans retenue aucune, composant un réel repas pour tenir la journée efficacement. Elle commence par les derniers 200 kilomètres de routes turques avant l'arrivée en Bulgarie. Dans un ultime clin d'oeil narquois, la première station essence où je m'arrête n'a plus de pompe ! Heureusement, je suis devenu totalement paranoïaque et j'ai de quoi atteindre la suivante sans encombre. A l'approche de la frontière, je longe une file de camions sur plusieurs kilomètres. Ils sont tous en attente de la douane et tout une vie semble s'être organisée avec ce convoi. En ce qui me concerne, le passage se fera facilement après quatre ou cinq contrôles de passeport et papiers de la moto. Aucune fouille de mes bagages. Il faut dire qu'avec mes deux misérables sacoches, je n'ai rien de très appétissant pour un douanier, en comparaison des quelques véhicules lourdement chargés qui passent en même temps que moi. L'un d'eux est d'ailleurs un Renault Espace plein à craquer, conduit par un patriarche turc qui remmène toute sa petite famille en Haute-Marne. Je n'ai, hélas, pas trop le loisir de discuter avec lui car il faut avancer prestement dans la file. Alors qu'un solide gaillard, pistolet à la hanche, me fait signe de continuer ma route, je vois l'Espace parti pour subir une étude approfondie de ses entrailles. Et je soupire d'aise en pensant à ma nouvelle paire de (vraies) Puma et mon nouveau (vrai) t-shirt Nike, acheté à Kemer... Je ne saurais dire si c'est une vue de mon esprit, mais le contraste entre la Turquie et la Bulgarie est impressionnant. Je quitte des terres arides, des paysages parfois lunaires, pour soudainement entrer dans de la verdure et des vallons alpins. Les routes aussi apportent leur lot de changements. Des autoroutes lisses, je reviens à un revêtement de nouveau bosselé. Des larges voies turques (pas forcément autoroutières) je passe à des largeurs plus étriquées. La conduite bulgare adopte un style considérablement plus doux qui me laisse l'opportunité d'observer mon environnement sans crainte. Concernant la nature, c'est joli, pas très dépaysant pour le français que je suis. Concernant la civilisation, dans les villages, je retrouve l'ambiance rencontrée lors de mon arrivée en Slovaquie. Beaucoup de gens discutent dehors, par petits groupes. Certains au café, d'autres dans la rue, assis sur des bancs. Tout cela sent le bon-vivre malgré des maisons et des immeubles assez délabrés. Pour mon itinéraire, la première difficulté réside dans l'alphabet cyrillique. Heureusement, les panneaux les plus importants sont "sous-titrés". Toutefois, la signalisation routière bulgare est assez farceuse : les déviations sont partiellements indiquées, on perd le fil de sa route en un rien de temps, des panneaux dans un sens mais pas dans l'autre... Corinne m'a été d'une aide précieuse à de nombreuses reprises. Chaque fois que j'avais un doute, un coup d'oeil sur ma position pour savoir si j'étais sur le bon chemin, et je repartais l'esprit tranquille... ou en maugréant diverses amabilités en l'encontre des fonctionnaires locaux. Si les premiers kilomètres dans ce nouveau pays sont agréables, je suis assez vite confronté à l'état de la route. En Turquie il était manichéen : roulable, ou pas roulable. En Bulgarie il oscille entre parfait et particulièrement inconfortable, avec une palette de situations assez étendues. Parfois des rides, parfois desbosses, quelques dos d'ânes pour faire bonne mesure, et d'autres surprises. Plus d'une fois je me retrouve en danseuse sur la moto, les genoux bien souples (position de lindy-hop !) pour réduire les chocs dans mon corps. J'arrive donc assez fatigué à Asenovgrad, petite ville qui m'offre un hôtel confortable, pourvu d'une connexion Internet rapide. La réceptionniste parle un peu anglais et j'en profite pour apprendre quelques bases linguistiques. La journée du lendemain est épuisante. Les routes sont vraiment en mauvais état dès que l'on quitte le réseau principal. En plus des bosses de la veille, j'ai surtout droit aux trous. Comme je roule en montagne, ma visibilité ne dépasse pas 50 mètres. La CBR n'est vraiment pas adaptée et je n'ai plus aucun plaisir à conduire. J'étais parti pour une balade, mais je m'oriente très vite vers un trajet efficace qui me ramène vers des axes plus conséquents. Le temps de les atteindre je me suis ruiné le dos, les épaules et les bras. C'est une journée sans souvenirs tant je me suis concentré sur ma conduite. Je me pose à Panagjuriste dans un hôtel vraiment pas cher, mais qui n'offre vraiment rien. Pour achever la journée en beauté, je me colle devant la seule chaîne françaises diffusée en Bulgarie : Chasse & Pêche ! Je repars le lendemain avec l'intention d'atteindre la Roumanie. Je dois passer à nouveau par des tronçons du réseau secondaire. Tronçons eux-mêmes parcourus par les nombreux camions turcs qui sillonnent l'Europe. Je gère donc bosses, trous, et camions sur des petites routes de montagne. Ce qui rend ma journée sensiblement aussi désagréable que la précédente. Je déboule en Roumanie en poussant un grand soupir de soulagement : la route qui fait la liaison entre la frontière et Bucarest est un ruban délicieusement lisse. Je l'avale pour me perdre dans la capitale qui ne me propose que des hôtels bien trop chers pour moi. Corinne me permet de localiser l'auberge de jeunesse où je dérange le réceptionniste en plein match télévisé de son équipe favorite. L'accueil est donc plutôt froid et pressé jusqu'à la mi-temps où, accompagné d'un ami, il vient discuter moto avec moi. Quand le match reprend, je n'existe plus. Malgré le boucan émis par la télévision, la salle principale de l'auberge est emplie des résidents qui discutent. Une Anglaise, un Anglais, deux Japonais, et deux autres hommes de nationalités inconnues papotent et s'échangent les bons plans à propos de la Roumanie. Je suis tellement lessivé que je n'ai même pas la force de m'immiscer dans une des conversations. L'Anglais s'enquiert de ma personne et finalement je fais un peu connaissance de mes camarades de soirée. Mais très vite je décide d'aller dormir. Je continue à rouler demain et j'accumule déjà trop de fatigue.
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