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Parce que les transatlantiques...

Roumanie - Hongrie - Autriche
Voyages - 2007 - Paris, Turquie, ailleurs (Honda CBR 600F)

17/09/2007 - 19/09/2007

Je paye le prix de mon laxisme concernant la préparation physique de ce voyage. Pour le tour d'Europe de 2002, j'avais assidûment fréquenté une salle de sport pendant trois mois. Pour 2007, j'ai été un peu optimiste avec mes deux ou trois heures hebdomadaires. Résultat : la récupération des longues journées de routes est plus difficile et la fatigue finit par s'accumuler dans le corps et le moral. A vrai dire, la Roumanie n'a rien de bien excitant pour le motard  moyen que je suis. Certes, il n'y a rien à redire sur l'état du bitume. Après la Bulgarie j'ai l'impression d'être sur un tapis de billard ! Mais ce sont de longues lignes droites, avec de la campagne à gauche et de la campagne à droite. Je mange donc du kilomètre sans grand enthousiasme. La conclusion de la journée est plus heureuse. A Cluj-Napoca j'ai la chance d'être logé dans une auberge de jeunesse avec une bonne ambiance : Français, Polonais, Israëliens, Anglais, Espagnol... Beaucoup de nationalités qui papotent entres elles dans diverses langues, avec la guitare d'un apprenti-musicien pour combler le fond sonore. Je profite de la soirée pour faire un petit bilan et organiser le reste du voyage. De mauvaises nouvelles de Paris me retirent toute possibilité d'extension de mes vacances. Je suis encore très loin de chez moi, je me sens fatigué. Il vaut mieux oublier Prague. Je rentre à la maison directement.

Je passe en Hongrie le lendemain. A la frontière, j'ignore totalement que ce pays va me causer bien des soucis.. Dans tout voyage, il faut au moins une ou deux journées bien pourries. Pour la première, ça commence par l'accueil très désagréable à ma première station hongroise. La route est saturée de camions qui vont très vite. Ceux qui arrivent face à moi me claquent, littéralement, au visage la masse d'air qu'ils déplacent. A cela s'ajoute la conduite hongroise qui doit être la pire que je connaisse. J'ai pourtant roulé dans pas mal de pays, et je répète à l'envie que les Français sont les plus mauvais conducteurs. Mais là, ça dépasse l'entendement. La spécialité locale : le dépassement suicidaire. Je ne compte plus les fois où je me suis dit : "mais si j'avais été en voiture... il aurait fait comment cet abruti qui déboule en face ?". Bref, je conduis avec une certaine tension.  Puis, assez vite, de la pluie. Relativement calme au début, elle se transforme brutalement en un orage violent. Le vent souffle avec vigueur et fait zigzaguer la moto. Les camions ajoutent des trombes d'eau aux masses d'air. Je passe devant une station, hésite à m'arrêter, puis tente d'insister. Au bout d'un kilomètre j'ai vraiment très peur pour ma vie. La pluie me frappe quasiment à l'horizontale tellement le vent est brutal. La visibilité devient quasi nulle, la moto est secouée de toute part, l'eau s'infiltre jusqu'à ma peau, j'ai froid... Demi-tour ! Vite ! Le retour à la station a failli ne jamais se faire... Une bourrasque d'une force incroyable, doublée d'une durée bien trop longue, m'envoie sur le bord de la route. Je force la moto à rester droite, mais rien n'y fait : je dévie. Je pousse encore plus fort sur le guidon et je mets carrément de l'angle alors que je suis dans une ligne droite ! Je sens les roues qui patinent sur la bande blanche extérieure, l'arrière qui gigote... Je vais m'y mettre ! Et finalement, non, la bourrasque s'arrête net et la CBR se remet d'un coup au milieu de la voie. Je franchis l'entrée de la station avec mille bénédictions pour sa présence en ce moment difficile. L'orage passe en moins d'une heure et laisse place à un beau soleil. Je reprends mon chemin, les doigts en éventail sur le guidon pour faire mieux sécher mes gants. L'air chaud me fait du bien et j'arrive près de Budapest avec le coeur léger. Las !  Un nouvel orage se présente... Moins extrème que le premier, il m'accompagne jusqu'à mon point de chute de la journée : un petit hôtel au bord du lac Balaton où je passerai la soirée à entendre la télévision beugler. Histoire de finir en beauté, je me blesse au talon dans la salle de bain. Rien de méchant, mais je manque de mettre du sang partout.

Le réveil se fait par un beau soleil matinal. Pour une fois je pars tôt. Pas de petit-déjeuner inclu dans le prix de la chambre, pas envie de traîner, mauvais pressentiment sur la Hongrie... Direction : l'Autriche ! Et la deuxième journée pourrie se met en place. Malgré le ciel bleu, il fait froid. Je sors le pull. Alors que je viens de faire le plein d'essence, le caissier me refuse deux billets parce qu'ils sont périmés depuis... 2001. L'hôtelier du lac Balaton m'a arnaqué en me refilant une monnaie qui n'a plus court ! J'y perds environ 10 Euros. Pas dramatique, mais très agaçant. Puis arrive le point d'orgue... Je suis à petite allure derrière une camionnette quand soudain, elle s'arrête brutalement. J'écrase les freins, j'entends mon pneu avant qui hurle son mécontentement, je vois la camionnette de plus en plus proche... et finis par lui rentrer dedans. Je la touche au ralenti car la CBR a un très bon système de freinage. Mais tout de même suffisamment fort pour lui démonter son feu arrière gauche. Je m'arrête tout de suite, mais la camionnette continue son chemin. Je constate que la moto n'a strictement rien : seul le pneu a tapé et n'a subi aucun dommage. Je m'en tire donc avec une bonne frayeur. Du moins c'est que ce que je croyais à ce moment là... Car quelques kilomètres plus loin, la camionette m'attend sagement pour régler les comptes. Un type tatoué en descend, pas spécialement féroce, mais il veut qu'on appelle la police pour faire le constat. Le véhicule est celui de son boulot et il en est responsable. Moi j'entrevois les ennuis administratifs et la matinée gâchée. Puis, le gars me propose un réglement à l'amiable. Il appelle sa boîte pour connaître le prix de la pièce. Dans le choc, je lui ai tout de même bien déboité l'arrière : s'il n'y a que du plastique cassé, il faut à priori changer tout le bloc du feu arrière. Il y en a pour un peu moins de 100 Euros. Dans un premier réflexe je refuse, puis me ravise : je suis en tort, ça va me coûter du malus, des tracasseries administratives sans fin, et tout ça dans un pays où presque personne ne parle anglais. J'allonge l'argent et pars sans demander mon reste. 

L'Autriche m'accueille par une charmante douanière. Je prends cela comme un bon signe, et franchis la frontière avec l'espoir que maintenant tout ira mieux. Mis à part le froid, cela se confirme : le reste de la journée est délicieux. Les Alpes sont toujours aussi magnifiques et les routes sont des terrains de jeux pour motards. Je retrouve avec affection ces montages que j'ai déjà parcourues maintes fois. C'est aussi avec un certain plaisir que j'effectue à nouveau mes paiements en Euros. Je débarque pour la nuit à l'auberge de Zell am See. Elle est majoritairement occupée par un groupe d'adolescents tout aussi bruyants que leurs homologues italiens croisés à Florence. Je suis totalement épuisé. J'ai beaucoup roulé ces derniers jours, les soucis hongrois n'ont rien arrangé et le froid alpin m'a achevé. Je me couche donc sur le coup des 22 heures et m'endors presque instantanément.