Parce que les transatlantiques...
| Baie d'Along |
| Voyages - 2009 - Vietnam (à pieds, bus, train, etc.) | |||
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Massage-torture et formalités faites, nous redescendons dans la vallée pour attraper notre train de nuit. Ayant réservé notre compartiment au dernier moment, nous héritons de la version "troisième classe", qui est la plus élevée chez Vietnam Railway (SNCF locale). Mais avant cela, alors que nous descendons tout juste du mini-bus, nous sommes assaillis par des cireurs de chaussures. Et "assaillir" est un euphémisme bien doux. J'ai beau leur dire, poliment au début, "wait ! wait !", ils sont accrochés à mes basques, sans me laisser de temps de respirer. Il faut dire que l'état de mes baskets, suite à ma chute boueuse, présente une opportunité inévitable ! A tel point que n'y tenant plus, l'un deux s'agenouille et entreprend de défaire mes lacets... Je cède donc, ainsi que Julie. Le service est à la hauteur de l'agression commerciale : d'une efficacité redoutable. Ils nous fournissent des chaussons pour nos pieds nus, puis s'activent sur nos chaussures à grands coups de chiffons et brosses. Cinq minutes plus tard, Julie s'extasie devant ses baskets cuir et daim aussi neuve qu'au premier jour. Quant à moi, j'ai moins honte de la couleur de mes hideux sabots. Un dîner rapide plus tard, nous sommes en place dans notre compartiment. C'est effectivement nettement plus luxueux que le précédent voyage : eau, brosses à dent, beau bois... Et les sanitaires nous émerveillent ! Pour le reste, c'est du même acabit : couchettes en béton, et interdiction de faire plus d'un mètre quatre-vingt. J'explore toutes les positions possibles et imaginables face à cette contrainte. Arrivée à quatre heures du matin. Dois-je préciser que nous ne sommes pas de la plus belle fraîcheur ? Néanmoins, nous cherchons avec vigueur le responsable de l'agence de voyage censé venir nous chercher à la gare. Le monsieur est absent, Hanoi se réveille et la ville nous saute dessus avec force bruits, odeurs et pollutions... Nous attendons une bonne heure avant de retrouver notre guide local. Il patientait à une autre sortie. Dommage. Il nous met dans un taxi, qu'il dirige avec son scooter jusqu'à l'agence. Heureusement que ça n'est pas lui qui conduit : il pue l'alcool... Le bureau du voyagiste est fermé, mais pas le café pseudo-européen qui est en face. Il semble que notre fêtard y travaille. Au menu : des pains au chocolat, des croissants et baguettes pour accompagner café, chocolat chaud ou capuccino... Tout cela est très théorique : le garçon est tellement fait qu'il ne comprend rien à rien, se trompe quatre fois de suite avant de mal faire tout ce qu'il entreprend. Et le pire, c'est qu'il est assisté de deux collègues qui, sans être alcoolisés, n'en sont pas plus efficaces. Nous sommes épuisés, nous avons faim et soif, mais devant le ridicule de la situation, nous nous condamnons à en rire. L'agence ouvre, et à peine le paiement effectué, le minibus arrive. Déjà empli de touristes, il nous charge pour trois heures de route. Au milieu, une pause de vingt minutes spéciales emplettes chères-et-toc. J'avoue avoir hésité à ramener une pierre vaguement précieuse de 19 kilos, à 1000 dollars. Et finalement, non, ma radinerie a eu raison de mon envie... A peine arrivés, la mise en place se fait au pas de charge. Beaucoup de monde à l'embarcadère : ce sont des centaines de bateaux-taxis qui amènent ou ramènent les clients des jonques. Pas question que ça traîne : on nous intègre dans la chaîne d'embarquement, et très vite nous voguons vers notre résidence pour les deux nuits à venir. Notre jonque est prévue pour seize personnes et l'équipage. Confortable, joliment décorée, nous devrions être bien installés pour les deux jours à venir. La mer est calme et les îles de la baie d'Along commencent à se dévoiler. C'est magnifique, et malgré le temps gris, ainsi que la température qui exige le port de la polaire, nous goûtons notre chance d'être ici. Le programme de la journée est simple : déjeuner à bord, puis départ en bateau-taxi pour la visite d'une grotte, puis direction une base de kayaks pour une courte balade entre les îles. Retour, dîner, karaoké et dodo. Le repas qui nous est servi est copieux. A notre table, un Coréen (du sud) qui ne parle ni anglais, ni français, ni vietnamien, et semble de surcroît particulièrement timide. Les plats s'enchaînent sans discontinuer. C'est aux croquettes de poissons que nous aurions dû nous fier à notre instinct. Elles semblaient effectivement assez lourde et "différentes". L'après-midi se passe bien. La grotte est splendide et insolite, mais il est difficile de faire abstraction du panurgisme touristique qui nous entoure, et dont nous faisons très certainement partie. Je ne comprends toujours pas l'intérêt de se photographier à côté d'une poubelle, juste parce qu'elle est à l'effigie d'un pingouin. Une coutume russe, peut-être ? Nous profitons néanmoins des interventions patientes de la nature, pour aboutir sur un paysage magnifique, digne de tous les films d'aventures. Plus tard, nous kayakons gaiement : je m'arrange pour que Julie prenne la place du moteur, à l'avant, et moi le rôle du cerveau, à l'arrière. Oui, je suis fourbe. Florent m'a tout appris et fait pareil. A noter : l'exceptionnelle tiédeur de l'eau. Dommage que le ciel bas et lourd nous décourage de toute baignade. Puis retour sur le bateau, et dîner. Nous sommes tous très fatigués : la nuit dans le train, les trois heures de route, la course à l'embarcadère et, enfin, le kayak ont eu raison de nos forces. Nous passons outre le karaoké (mais quel dommage !) et allons nous coucher. Et là, c'est le drame... Alors que je dors d'un sommeil de plomb, mes trois camarades passent une nuit de cauchemar. Julie a une oreille interne hyper-sensible : elle est sujette au mal de mer bien plus que le commun des mortels. Elle a raté sa fenêtre médicamenteuse d'une demie-heure (Mercalm) et, en conséquence, souffre le martyr de longues heures durant. De son côté, Aurélie maudit les croquettes de poissons, tandis que Florent n'est pas en reste. Ils dorment à peine plus que Julie. Je suis le seul à être enlacé durablement par Morphée. Au petit matin, c'est à mon tour de ressentir une enclume dans mon estomac. Nous sommes tous vaseux, malades et pitoyables. Julie, la plus touchée, nous quitte pour terminer ce séjour sur une terre plus ferme. Aurélie, Florent et moi-même continuons l'excursion comme prévu, à la différence près que nous ne mangeons plus que du riz. Mais pas trop non plus. Nous buvons aussi pas mal de Coca, remède connu dans ce genre de situation. Le programme est similaire à la journée d'hier, mais en plus petit comité. Ce qui est un moindre mal : nous ressentons moins l'effet tourisme de masse. Une famille d'Allemands et un couple français nous accompagnent. Le kayaking est vraiment agréable. Malheureusement, il ne fait toujours pas soleil et c'est dans la grisaille que nous voguons paisiblement entre les majestueux rochers de la baie d'Along. L'eau est toujours d'une température qui ne reflète en rien celle de l'air : bien plus chaude. Si nos estomacs et la fatigue avaient été plus indulgents nous aurions très certainement piqué une tête ! Nouvelle grotte ensuite. Avec des petits morceaux de spéléologie : on s'accroupit, on grimpouille mais on ne rampe pas encore. Stalactites et formes étranges dans un noir profond sont seulement déchirées par la lampe torche de notre guide. Le tout se passe sur une des îles dont le décor est digne d'une bande-dessinée. Retour au bateau. Nous réalisons pleinement alors le terrible mensonge que l'on nous a conté avant de venir : paraît-il qu'il fait beau et trop chaud au Vietnam ? Mais il fait un froid de canard ! Florent et Aurélie on goûté le premier jour aux trente degrés. Julie et moi avons apporté grisaille et fraîcheur parisienne. Et maintenant, revenus de notre excursion, Florent et moi-même grelottons sous nos couettes respectives. Ah ! Ils sont fiers nos voyageurs intrépides ! Le dîner est d'apparence surréaliste. Nous sommes installés face au couple français. Ils mangent de tout, tandis que nos trois assiettes vides attendent l'arrivée du riz. Au moins ça fait rire tout le monde... La fin de soirée est identique à la précédente : nous nous privons volontairement de karaoké (vous espériez tout de même pas voir une vidéo ?) et allons nous coucher sous un maximum d'épaisseurs. Le lendemain matin, Aurélie voit sa douche s'interrompre en plein milieu. Coupure d'eau. Celle-ci reviendra plus tard pour Florent, mais pas suffisamment pour moi. Je continue ma journée "en l'état". Je plains par avance ceux qui me côtoieront dans le bus cet après-midi. Joie. Alors que nous retournons au port, le soleil daigne transpercer les nuages et nous éclairer de sa présence réchauffante. Mieux vaut tard que seulement maintenant (comme ne dit pas l'adage). Cette livraison de vitamine D nous fait du bien à la peau, à l'âme, et même au bide ! Nous retrouvons Julie à terre, nettement plus pimpante et prête à affronter le reste du périple, un Mercalm en main, sa montre dans l'autre. De notre côté, nous sortons le Bion-Voyage de compétition et l'Actifed tout-terrain. Trois heures de minibus pour retourner à Hanoi. Identiques à l'aller, avec le même stop dans un attrape-touriste sans intérêt. A destination, nous prenons le même hôtel, à quatre dans la chambre. Ca y est, nous sommes intimes, nous allons pouvoir fonder une famille... Maintenant que nous connaissons Hanoi, je pense que nous savons mieux l'apprécier et nous y sentons plus à l'aise. Nous réservons des places pour le spectacle de marionnettes sur l'eau, et partons en balade en attendant le début de la séance. Julie fait justement remarquer : "Ils roulent plus vite, ils sont plus agressifs : ils savent qu'on est déjà venu. C'est pour ça !". Et pourtant, nous maîtrisons dorénavant toutes les techniques de traversages de carrefours, rues, boulevards, etc. La ville s'offre mieux à nous. Nous nous arrêtons plus souvent : une échoppe pour faire fabriquer des cadeaux (chut !), des danseurs de hip-hop au pied de la statue d'un empereur, des jeunes qui maîtrisent leurs roller... Florent trouve un phô (soupe vietnamienne) à la hauteur son restaurant parisien préféré (Bambou, dans le 13e), chez Phô24 qui est... une chaîne de restauration rapide ! Le spectacle de marionnette est sympathique mais totalement gâché par les touristes. Les photos sont autorisées si l'on paye un supplément. Et certains spectateurs s'en donnent à coeur joie : ils flashent et se dandinent sur leurs sièges sans se soucier le moins du monde des autres. Pénible. Retour à notre chambre commune. Elle donne sur la rue : les boules Quies sont obligatoires ! Demain, nous partons à Ninh Binh. C'est une région décrite comme le pendant de la baie d'Along sur la terre ferme. On nous a conseillé un mini hôtel-restaurant tenu par une Vietnamienne qui parle français. Et pour nous y rendre, nous prendrons un bus local. Au moment où nous nous endormons, nous ignorons encore ce qui nous attend. C'est pour cela que nous dormons bien. Parce que si avions su...
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