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Parce que les transatlantiques...

Ninh Binh
Voyages - 2009 - Vietnam (à pieds, bus, train, etc.)
Après une bonne nuit de sommeil nous restons encore toute la matinée à Hanoi. D'après nos informations, il y a environ trois heures de route pour atteindre Ninh Binh, et il part un bus toutes les heures. C'est donc tranquillement que nous vaquons à nos occupations. Petit-dejeuners pour certains, balades pour d'autres, ou encore petites emplettes et pauses-café. Un début de journée reposant en somme. Et même si nous le savons pas encore, ce repos sera nécessaire pour la suite des événements...

Nous décidons d'aller manger dans l'un des innombrables boui-boui qui décorent les rues d'Hanoi. Etant à l'heure du coup de feu, c'est un système proche de l'hystérie qui nous accueille. Ca commande dans tous les sens, ça ordonne à tout va, et l'ensemble dans un brouhaha déchaîné ponctué des hurlements des serveurs et cuisinières.
Nous optons très vite pour la solution "à emporter", plutôt que de rester dans ce tumulte permanent. Nous goûterons nos plats au bord d'un des nombreux lac de Hanoi, avec le bruit presque lointain de la circulation dans notre dos. Si nous gardons encore la polaire, on pourrait presque croire qu'il fait bon...

Car, à ce stade de notre voyage, je pense pouvoir m'autoriser un interlude, et vous offrir une terrible vérité : on nous a menti. Il était dit, et écrit, que nous croulerions sous le poids de la chaleur cumulée à l'humidité. Le soleil devait taper, le couvre-chef indispensable et la crème solaire obligatoire. Le fait est que nous avons été blousés.
Florent et Aurélie ont connu une journée de chaleur à leurs premières 24 heures. Julie et moi avons eu gentiment chaud le lendemain.
Depuis, nous oscillons entre tiédeur trop fraîche, et froid odieux !

C'est donc dans une douceur bienheureuse que nous nous rendons à la gare routière de Hanoi pour attraper un bus à destination de Ninh Binh. Le taxi nous dépose... Et à peine arrivés nous sommes assaillis de jeunes types qui nous beuglent dessus. Ils veulent savoir notre destination, et ensuite se battent presque pour qu'on les suive. Nous sommes rétifs devant un tel déploiement de forces. Nous essayons de comprendre, mais leur anglais est au niveau de notre vietnamien. Toutefois, nous voilà rassurés : il faut payer au guichet, quoiqu'il arrive, et les tarifs sont écrits en tous chiffres. Pas de montant à la tête du touriste avec angoisse de finir n'importe où. Un transport part dans 10 minutes ? Banco !
Les billets en poche, l'un des "rabatteurs" nous emmène jusqu'à un bus. Celui-ci est à l'arrière de la gare avec des centaines d'autres. C'est un désordre monumental, monstrueux. Les bus sont disposés dans l'anarchie la plus totale, se frôlent en permanence et manquent de rouler sur les gens qui se faufilent de tous les côtés.
Heureusement, notre véhicule est proche. On nous met les sacs à dos dans le coffre, on nous fait monter à bord, et on nous place. Le tout à un rythme militaire.
C'est un véhicule vieillot, mais pas trop pourri : il y a même la climatisation. Nous sommes les premiers installés et pensons, naïvement, partir à l'heure.
Ca n'est pas tant le remplissage du bus qui compte, mais la densité de l'embouteillage géant qu'il y a DANS la gare. Il faut environ une heure pour que nous atteignions la sortie, à moins de cent mètres. Oui, une heure. Et durant ce laps de temps, le bus se remplit. D'abord normalement, puis étrangement... Même lorsqu'il n'y a plus de fauteuils libres ! Des tabourets sont posés dans la travée centrale au fur et à mesure des arrivées de retardataires. Les quatre sièges du fond deviennent cinq sièges. Florent et Aurélie en sont d'ailleurs les malheureux bénéficiaires. La porte du bus voit son espace occupé par trois passagers, embarqués alors que nous sommes déjà sur la route. Ils ont été simplement interpellés par notre rabatteur pendant que nous roulions. Surréaliste.
Environ vingt minutes après notre réel départ, le bus s'arrête en bord d'autoroute. Le rabatteur descend pour aller glisser quelques billets à des policiers. Apparemment ça ne suffit pas, et c'est le chauffeur qui complète la donation volontaire aux veuves et orphelins de la police vietnamienne.
Une fois repartis, nous apprécions la qualité médiocre des amortisseurs sur les autoroutes plus ou moins défoncées qui jalonnent notre parcours. Je regrette, une fois de plus, mon mètre quatre-vingt deux : je suis encastré dans mon fauteuil avec les genoux au menton. Je regrette encore plus ma vessie qui donne des signes d'impatience !
Mais le pire n'est pas au-dessus de moi... Durant le trajet, un peu partout dans les rangs, certaines personnes supportent assez mal les remous du trajet. Et vomissent.
Je bénis ma musique, et le spectacle de Luchini, écoutés à fort volume via mon téléphone, pour couvrir les divers bruits très explicites de certains voyageurs. Et comme le son ne peut se passer d'actes, je suis bien obligé d'admirer la diligence des passagers qui vont jeter les sacs à vomis par la fenêtre. J'ai alors une pensée émue, emprunte de compassion, pour les malheureux à scooters qui passent trop près de notre véhicule au mauvais moment...

Les trois heures sont donc assez longues. Cloîtré dans mon siège, sans possibilité de sortie, je suis même parcouru par un bref sentiment de panique claustrophobique. Je parviens à le réprimer, et finis par apprécier la situation. Ca c'est du voyage "à la roots" !
Une fois arrivés, nous poussons un grand soupir de soulagement, et je m'empresse de me débarrasser de ma contingence bassement organique. On néglige trop souvent l'intensité du bonheur provoqué par ce genre de libération. Autrement dit : que ça fait bien d'aller pisser !

Un coup de taxi plus tard, nous sommes installés, une fois de plus, à quatre dans notre chambre. Arrivés de nuit, nous n'avons pas vraiment idée de ce qui nous entoure. En revanche, le froid et bruit du vent nous font comprendre que la météo ne sera pas à notre avantage.

Effectivement, le lendemain c'est un ciel gris et triste qui nous réveille. La journée s'écoulera lentement, paisiblement, mais sans rien d'exceptionnel. Nous commençons tous les quatre à accuser le coup (chacun à sa façon). Nous croyions vraiment trouver chaleur et soleil ici. Au lieu de cela, nous grelottons et pâlissons ! Dur pour le moral...
A cela s'ajoute l'impossibilité de réserver un billet d'avion pour cause de "Verified by Visa" trop contraignant. Aucune de nos cartes bancaires n'est valides. Nous finissons par renoncer et sortons.
Une courte balade à vélo pour moi. J'ai trop froid et rend les armes. Mes camarades prolongent jusqu'à un temple protégé par 400 marches à grimper !
Pour adoucir l'amertume, nous allons dîner avec un groupe de français de notre hôtel dans un restaurant en ville. La soirée nous réchauffera au moins les coeurs.

Jour suivant. Réveil prudent et désabusé. Je soulève sans conviction un pan de rideau. Je vois un bout de ciel bleu ! Alleluia ! Montjoie ! Christ Saint ! (ça y est, je m'emballe)
Bon, simultanément, un vent à décorner les dragons du quartier me rembrunit. La polaire reste, hélas, de mise. Nous partons pour une petite excursion à vélo. Elle nous fait passer par une pagode à flanc de montagne, puis nous pose à un lac pour une longue balade en barque. Deux heures aux milieu de paysages grandioses, de visites de grottes et lieux discrets où nous ne sommes pas encerclés de touristes. Un vrai bonheur !
Nouveauté marchande : le photographe numérique qui vend ses photos. Pour les imprimer : une batterie de scooter branchée directement sur une mini-imprimante. Etonnant !

Retour à l'hôtel d'où j'écris ces derniers mots. Nous prenons un train pour Hue dans environ une heure. Là encore, ça promet d'être "roots" : un compartiment à six couchettes dites "dures". Nous ignorons encore ce que cela signifie exactement...