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Parce que les transatlantiques...

Hoi An
Voyages - 2009 - Vietnam (à pieds, bus, train, etc.)

Le trajet entre Hue et Hoi An se fait en bus "Open Tour". Traduire : bus à touristes. Même si l'expérience du transport local nous a fait beaucoup rire, nous n'en restons pas moins attachés à un certain confort occidental. Surtout lorsqu'il est disponible.
Trois heures de trajet prévues, qui deviennent environ quatre heures. Plusieurs pauses, dont une longue pour nous faire consommer du bibelot dans une gargote à touriste. Avant cela, nous avions eu droit à une station essence où des enfants prennent la pose sur des buffles, et réclament "one dollar" dès que la photo est prise. Mais ces petits désagréments sont totalement occultés par une renaissance tant attendue : celle du soleil !

Pour l'hébergement, nous faisons confiance à notre précédente logeuse : elle nous envoie dans l'hôtel de son frère. Il nous accueille très bien et nous installe dans de petites chambres, tout à fait respectables. A $10 la nuit, nous aurions dû être heureux. Mais une mauvaise surprise nous attend...
Avant de la découvrir nous partons en balade. Hoi An est une très petite ville, avec un passé historique (commercial) conséquent, mais aujourd'hui connue pour une chose : les vêtements sur mesure. S'étendent à perte de rues des échoppes de tailleurs et de chaussures où l'on nous promet l'impossible, dans un délai interdit, à un prix indécent. Nous n'y prêtons pas trop attention pour cette première partie de journée et partons vers ce qui est devenu une sorte de repère, de phare : le marché local. Et comme d'habitude, après un tour des étals et de leurs dormeurs, nous mangeons dans la cantine du quartier.
Nous continuons ensuite par un peu d'organisation (tickets) et visites de monuments. L'ancienne maison Tran, mélange vietnamien-japonais nous plait tout particulièrement ; au point de nous faire acheter des souvenirs à vil prix !
La balade se poursuit le long de la rivière. Alors que Hue étaient relativement sereine, il nous faut à nouveau affronter les appels incessants des rabatteurs et rabatteuses pour les boutiques et restaurants. Pénible. A vouloir y échapper, nous aboutissons, presque par mégarde,  derrière l'environnement touristique. Les façades lumineuses et aguicheuses laissent place à la "vraie vie". Ce sont des habitations, des petits commerces qui ne concernent pas spécifiquement les touristes. Et nous croisons un boui-boui où je peux enfin réaliser un vieux rêve : me faire raser à l'ancienne, au "coupe-choux". La coiffeuse accepte de le faire pour 20 000 Dongs, soit moins d'un Euro ! Installé dans le fauteuil, sous l'oeil tant bienveillant que goguenard de mes camarades, je profite du moment et laisse la lame racler ma peau... Un quart d'heure plus tard, j'ai gagné cinq années de moins (parait-il), et des joues légèrement enflammées !

Nous repartons avec un peu de temps devant nous avant le dîner. Et là, soudain, c'est le drame. Parce que je repère un caban qui me fait de l'oeil, nous voilà tous installés chez un tailleur. Ca ne paye pas de mine, contrairement à certaines boutiques : une vendeuse, une vieille dame devant une antique machine à coudre, une plus jeune au même poste. Nous découvrons progressivement que tout est possible. Le caban n'est pas en laine, un peu trop droit, avec un col limite grand ? On en fabriquera comme je l'entends, à mes mesures, et prêt dans 24 heures pour un premier essayage !
C'est le doigt pris dans l'engrenage, le début de la spirale infernale, la montée au ciel ou la descente aux enfers (au choix) : je commande mon caban et j'ajoute une chemise cintrée "fit to your body", juste pour voir. Aurélie craque sur manteau. Noir à l'exposition, il sera rouge et retouché pour elle... Tarif : $35 par manteau. Convertis : 23,33 Euros. Oui, vous avez bien lu.

C'est à la fois excités et un peu inquiets que nous partons dîner en ville.
Nous confirmons un leitmotiv asséné par nombre de touristes croisés : les restaurants les plus chics ne sont pas les meilleurs, voire les pires. Sur le bateau de la baie d'Along nous étions tombés malade, et ce soir nous sommes juste déçus. Seuls les desserts nous conviennent.

Retour à l'hôtel pour une bonne nuit de sommeil. Du moins, nous le croyions. La surprise vient de bruits de tuyauteries, sorte de digestion de l'immeuble, qui bat à un rythme aléatoire. Même les boules Quies n'arrivent pas à faire disparaître ces pénibles borborygmes ! Nous comprenons mieux alors le tarif si bas. A $10 la nuit, ceci explique cela.
Au matin, de concert nous décidons de déménager pour plus cher, plus luxueux, plus propre et surtout plus silencieux.

Avant cela nous partons en excursion pour visiter un site antique : My Son. L'endroit est intéressant, mais il est autant chargé d'Histoire que de touristes panurgiques dont nous ne pouvons même pas prétendre être si différents. Et des bâtiments, il ne reste que ce que les bombes américaines ont bien voulu en laisser. Toutefois, j'apprécie tout particulièrement la représentation de la féminité sous forme de Yoni, à mettre en relation avec celle de la masculinité ! Nous revenons à Hoi An sous la pluie. Notre nouvel hôtel est assez proche du premier et nous coûte le double du prix par chambre. Mais en échange, c'est effectivement un autre environnement pour notre dernière nuit.

La quête de notre lieu de déjeuner s'arrête dans un restaurant à ciel ouvert dont les tablées sont emplies de touristes. Alors que nous hésitons à nous y installer, nous sommes littéralement poursuivis par une rabatteuse qui insiste très lourdement pour nous placer. Nous cédons parce que l'estomac dicte son urgence.
Et, bonne surprise, c'est vraiment très bon ! Sans compter que l'endroit dispose d'un certain cachet de cantine : une ruche pas très confortable, plutôt bruyante, mais tellement vivante... Nous découvrons que notre rabatteuse est aussi serveuse et qu'elle travaille pour Ms Nam, une des cuisinières. Car chaque tablée se voit associée une cuisinière indépendante dont les spécialités sont affichées sur un panneau.

Plus tard, sur nos vélos pourris prêtés par l'hôtel nous rejoignons notre tailleur pour une première séance d'essayages. Le résultat comble nos espérances. On se regarde, on se trouve beau, on demande quelques retouches pour l'être plus encore. Et ensuite, la vague déferle sur nous tous dans un tsunami de shopping. Je relance de trois chemises et un blouson denim sur le modèle de mon manteau. Florent, jusque là discret, voire peu convaincu, répond par deux costumes, une chemise classique, et une chemise à logo pour danser. Forcément, assurément, je ne peux m'empêcher de prendre aussi un costume. Et lui prend donc le même caban que moi.
Et les filles ? Contre toute attente elles sont plus sobres que nous autres, les mâles classieux : Aurélie s'arrête à un débardeur et un top. Julie n'a pas trouvé son bonheur ici et sera la seule à ne rien inscrire dans le carnet de commandes.
Nous resterons trois heures dans la boutique. Julie qui y sent une bonne odeur de cuisine, et qui a faim, fait un compliment. La patronne nous invite alors à déjeuner le lendemain midi ! Et en prime, Florent pourra venir avant pour un cours particulier de cuisine...
Pour fêter ça, nous retournous à notre cantine favorite : Ms Nam !
C'est en retournant à l'hôtel que Julie finit par être assaillie par le démon local : elle croise le manteau de ses envies, et nous voilà de nouveau en séance shopping. Bilan : le manteau, une veste en velour et une jupe. Aurélie craque pour la même veste en velour.
A ce stade, on peut dire que nous avons abandonné toute idée de résistance...

Le nouvel hôtel est un bon choix. Mes comparses profitent gaiement du petit-déjeuner copieux inclus dans le prix de la chambre. Il fait beau,  chaud, et l'idée de reprendre la route ne nous motive guère. Décision est alors prise de changer le programme. Nous devions prendre l'avion pour Nah Trang demain matin. Ca sera, finalement, un vol pour Saigon (Ho Chi Minh City) le surlendemain soir !
Pour une fois, Florent et Julie (papa et maman) s'octroient un peu de repos et laissent les enfants (Aurélie et moi) gérer la modification des billets : ils partent pour la plage. Les opérations avec Vietnam Airlines sont un peu complexes. Impossible d'opérer par téléphone ou à partir d'une agence intermédiaire locale. Il faut aller d'urgence dans une agence officielle à Da Nang. J'y pars donc, une heure de route, pour annuler et remplacer les billets actuels, puis, une heure de trajet retour, juste à temps pour notre invitation à déjeuner. Quand j'arrive, Florent est préposé aux nems et tout le monde papillonne pour préparer le repas. Pendant ce temps, Aurélie et Julie se démènent pour trouver des fleurs à offrir à nos hôtes.
Ce déjeuner est pantagruélique, épicé et très bon. On nous invite à goûter à tout, et on nous ressert à l'envie. Nous sommes dix à table. Madame Mère, couturière en chef préside. Sa fille, vendeuse est notre traductrice et interlocutrice principale. Sa soeur, couturière en second, avec son mari et leur fille. Et une employée. L'ambiance est détendue. A la fin du repas, ils retournent tous vaquer à leurs occupations sans se soucier de nous. Il faut dire que pour certains c'est l'heure de la sieste, et pour d'autres l'heure du feuilleton "feux de l'amour" local.
 
Nous repartons donc en balade touristique pour quelques monuments, ainsi qu'un spectacle de danses et musiques folkloriques. Cet intermède nous ramène finalement très vite à nos hôtes puisqu'il est déjà l'heure de nouveaux essayages. Et une fois de plus la fièvre acheteuse a raison de notre bon sens : je commande deux pantalons, Florent craque pour trois nouvelles chemises avec logo.
Et comme cela ne pouvait suffire, peu plus tard, lors de l'essayage dans la seconde boutique, j'achève la journée par deux manteaux qui me faisaient de l'oeil depuis bien trop longtemps. Je touche au sublime du sur mesure : en fait de manteaux, je commande d'abord un modèle exposé, version courte, puis je demande à ce qu'il soit modifié pour devenir un manteau long.
Pour fêter cela, rendez-vous chez Madame Nam, officiellement devenue notre cantine. Ce qui donnera l'occasion à Florent de partager quelques discussions culinaires avec cuisinières et serveuses. Et pour les autres, quelques photos de groupes en souvenir.
Cette journée riche en essayages et dépenses textiles m'a mise sur les rotules : je rentre à l'hôtel pour poser quelques mots de ce récit, et ensuite aller dormir. Mes comparses, plus résistants, partent en balade nocturne.

Le lendemain, c'est un presque beau soleil qui nous réveille ! Joie ! Bonheur ! Faites sonner tocsins et clochers : nous partons tous à la plage !
J'échange vingt minutes de vélo contre cinq minutes de taxi-scooter et 20 000 Dongs (0,80 Euros). Les autres, sportifs, obtiennent des vélos neufs et vont jouer du mollet sous le soleil. Mon trajet se déroule tranquillement :  j'ai cru mourir seulement trois fois. Je remercie et félicite presque mon chauffeur, puis j'attends les héros devant un bon shake de bananes fraîches.
Une fois installés sur le sable, nous cramons gentiment. Heureusement, la mer tend ses vagues à ceux qui veulent les affronter. Deux courageux seulement : Julie et moi. Et qu'elle est accueillante cette eau ! On y rentre comme dans un bain !
Le soleil cogne plus fort au déroulé de la matinée. Nous migrons vers des transats ombragés par des parasols, dans une gargote tenue par Mama Li. Cette vénérable vieille dame nous accueille avec chaleur. Des pêcheurs attablés font découvrir poissons et crabes locaux à Julie, tandis que nous passons en mode "farniente".
Enthousiasmée par sa dégustation, Julie nous convainc de déjeuner sur place. Grand bien nous a t'elle fait ! C'est un délicieux poisson grillé, accompagnés de shakes divers (banane, mangue), que nous dégustons avec la mer pour compagnie.
Las ! Il faut déjà s'en retourner à la ville pour les nouvelles séances d'essayages. Parce que je suis faible, et pas encore à découvert, je déclenche deux pantalons courts, et trois chemises. Je suis aux anges. Mes camarades sont affligés. Je récupère plus tard mes manteaux : ils répondent idéalement à mes exigences. Je brillerai d'élégance vietnamienne cet hiver !
Re-dîner chez Madame Nam. Nous faisons partie de la ville à présent.

Le lendemain, la journée se déroule de façon similaire. Plage, Mama Li, poisson grillémer et vagues. C'est enfin les vacances ! Un dernier dîner là où vous savez, puis nous quittons Hoi An pour Danang afin de joindre l'aéroport. Deux heures plus tard nous atterrissons à Ho Chi Min Ville...