Jours 31 : pluie, vent, froid

02-09-2002 : 190 km / 8856 km

Gla-gla, atchoum, etc.J'écris durant une pause. Il fait un temps abominable. La sainte trinité norvégienne pluie-froid-vent s'en donne à cœur joie et c'est un véritable calvaire que de rouler dans des conditions pareilles. Je constate que depuis deux jours la dégradation météorologique va crescendo et pour aujourd'hui je vois difficilement comment ça pourrait être pire. Je n'ai même pas droit à des périodes d'accalmie entre deux averses... Il pleut tout le temps !Le vent est déchaîné et la moto bouge dans tous les sens. Pour le coup j'en viens presque à regretter d'avoir une moto légère (180 kilos) qui subit si facilement les rafales. Histoire de me compliquer la tâche, je n'arrête pas de croiser des travaux de réfection de la chaussée plus ou moins bien signalés. Je navigue entre gravillons et boue sur un ou deux kilomètres avant de retrouver un bitume où la moindre ornière devient une piste à aquaplanning.Et pour conclure : le froid. Il est mordant, variable et globalement impitoyable. J'ai beau me plaquer contre la moto, serrer les dents et tenter de faire abstraction, il y a toujours un filet qui vient se glisser contre ma peau quand ce n'est pas une enveloppe glacée qui m'entoure.Je n'ai même pas les paysages pour me consoler, les nuages bouchent toute la vue !Il est 17 heures, j'avais prévu d'aller jusqu'à Trondheim qui est à 300 bornes de là. Je ne pense pas y arriver et vais probablement continuer une centaine de kilomètres avant de rendre les armes et m'abriter dans un hôtel ou un camping quelconque. En attendant, je vais sortir les Damart, en priant qu'ils n'aient pas trop pris l'eau dans les sacoches. J'ai gardé les sous-gants en réserve et ils vont me permettre de croire que je n'ai pas deux éponges autour des mains.Etonnamment, je n'ai pas le moral à zéro. Je ne suis pas hyper joyeux non plus, mais je prends cette journée comme un impondérable de cette balade européenne. Je suis plus ennuyé par mes finances qui ne cessent de pâtir des tarifs nordiques. A ce train là je vais devoir écourter mon périple et mettre de côté l'Espagne et le Portugal.Ce qui me manque en ce moment, c'est une connexion Internet. La dernière mise à jour du site a été faite à l'arraché et je ne suis même pas certain qu'il fonctionne correctement. Et puis, ça fait toujours du bien de lire des e-mails de la famille, des amis ou simplement d'inconnus qui me donnent leur avis sur ce site. En descendant vers le Sud, je vais me retrouver dans des régions où la densité démographique est un peu plus conséquente qu'au Nord. J'espère que ça me permettra de trouver un cyber-café avec une connexion rapide. Je transferts pas loin de 30 Mo à chaque fois !Ca me fait penser que je suis impressionné par la résistance de mon matériel électronique. Le PC portable et l'appareil photo sont mis à rude épreuve. Pour le moment, le PC n'est tombé qu'une seule fois et n'en a gardé aucune séquelle. Tant mieux d'ailleurs, au prix qu'il m'a coûté ça serait dur pour les finances et le moral ! En tous cas, c'est un achat que je ne regrette pas : presqu'aussi puissant que mon PC à la maison, conçu très intelligemment en rapport avec son poids et sa taille et plutôt solide pour ce que j'en fait... L'appareil photo est pas mal non plus, mais j'ai encore du mal à m'en servir à cause de l'auto-focus et de la balance des blancs automatiques. Comme vous avez dû le remarquer sur les photos, il y en a un certain nombre qui sont sous-exposées ou sur-exposées. En fait, je dois jongler avec la visée et le focus à chaque prise de vue. C'est un coup à prendre mais lorsque l'on est un peu pressé, ça fait des clichés ratés.Finalement...Je n'ai pas vérifié, mais je ne pense pas avoir tenu les 100 kilomètres prévus... Les Damart sont inutilisables : mes sacoches ont pris l'eau et sont devenus des bassines où mes vêtements pourraient presque flotter. Les sous-gants ont tenu deux minutes avant d'être aussi humide que les gants. A ce stade, c'est du masochisme que de continuer à rouler. A côté d'une station essence je trouve un hôtel : 100 Euros la nuit. Même si je suis transi de froid, pas question de dépenser une telle somme pour un lit ! La réceptionniste, compréhensive et probablement affligée de voir un motard français en train de s'essorer sous ses yeux, m'indique une chambre d'hôtes à 10 kilomètres de là. Je m'y précipite !Ces dernières minutes de routes sont une torture. Peut-être est ce la transition chaud-froid, en tous cas quand j'arrive à destination je suis paralysé par le froid. Je me rends compte avec un certain détachement que j'ai l'air hagard, que je tremble de tous mes membres et que la fatigue doit marquer le moindre de mes mouvements. Je le constate d'autant plus dans le regard de la vieille dame qui m'accueille et qui s'empresse d'ouvrir la porte de la cabin qui m'est destinée. C'est un bungalow grand luxe : toilettes, douche (non payante !), salon et chambre, cheminée... La dame doit se demander si je ne vais pas tomber dans les pommes d'un instant à l'autre. Elle me force quasiment à m'assoir devant la cheminée et m'aide à retirer mes gants et sous-gants. Moi je suis complètement exténué et dans une autre dimension. Par je ne sais quel réflexe, en la voyant se démener pour moi, au moment où elle prend mes mains dans les siennes pour les réchauffer je les lui embrasse ! Le moment est magique et je lui dis dans un mélange incertain d'anglais et français à quel point je suis content d'être arrivé.Ca sera un moment de courte durée. Elle ne perd pas le Nord et une fois que j'ai repris des couleurs humaines, elle me demande de payer !Je m'exécute sans rechigner, bien trop heureux d'être à l'abri et au chaud. Il serait injuste de lui reprocher cette demande pécunière. Non seulement elle prend soin de moi comme si elle était ma propre grand-mère, mais en plus elle m'offrira une collation et du café ! J'aurai même droit à la compagnie du chat pendant qu'elle me prépare à manger. Moi qui suis un amoureux de ces félins domestiques, je suis aux anges avec ce gros matou sur mes genoux qui me calîne et me réchauffe le ventre.

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Maintenant, il ne me reste plus qu'à prier pour que demain la météo soit plus clémente. Une journée pareille fait un excellent souvenir de voyage et l'on se sent l'âme d'un guerrier de la route qui lutte contre les éléments déchaînés pour aller toujours plus loin, etc. Mais une seule journée me suffit amplement ! Au-delà, je pourrais me lasser...