Jours 35-36-37 : Berlin

 

06-09-2002 : 0 km / 10267 km (z'ont pas voulu me laisser tourner sur le pont supérieur) 

07-09-2002 :392 km / 10659 km 08-09-2002 : 0 km / 10659 km  

Retour en Europe ! ferry Me voilà arrivé à Berlin. La demi-journée et la nuit sur le ferry se sont faites tranquillement. Je craignais un peu d'avoir à subir des saoûlards en folie faisant l'aller-retour Norvège-Allemagne pour profiter des tarifs avantageux sur les alcools. Bien au contraire, la traversée a été très calme, limite ennuyeuse. J'ai payé environ 150 Euros pour quitter la Norvège. Pour ce prix, il y a mon billet, celui de la moto, et une cabine à quatre lits au confort minimum (juste un lavabo) sur le pont inférieur, pas loin des machineries. Mais dans l'absolu j'y gagne. Entre le prix de l'essence et de l'hébergement en passant par Kristiansund et le Danemark je pense que j'en aurais eu pour l'équivalent, voire plus.

Débarqué à 10 heures à Kiel, j'enquille immédiatement pour Hambourg, à 100 kilomètres de là. Il y a le concessionnaire Suzuki dont le mécano était en stage au moment de ma première vidange. Apparemment, je suis maudit avec ce concessionnaire. Le samedi après-midi, il n'y a que les vendeurs, les employés de l'atelier étant de repos. Le pneu arrière est de plus en plus fatigué mais il a encore de quoi tenir jusqu'à Berlin. Et puis j'ai pour moi un temps magnifique. Ni trop chaud ni trop froid, t-shirt et blouson uniquement et à moi les joies des autobahn !Après plus de quinze jours dans des pays où les limites de vitesses sont basses et respectées à la lettre, il est assez étrange de rouler là où les missiles sol-sol sont des bonnes grosses berlines qui cruisent à plus de 200 km/h. Autre sentiment étrange que j'avais prévu : les distances. Quel bonheur d'aller d'un point à un autre en comptant en heures et non plus en jours ! Ca renforce le sentiment de liberté du voyage : je peux bifurquer à tout moment et envisager des destinations plus ou moins loufoques. Dans un premier temps, c'est Berlin. J'y changerai mon pneu et ferai faire ma vidange lundi puis j'irai directement à Pragues. Ensuite, je me suis surpris à rêver devant la carte... Traverser la Tchéquie, puis la Slovaquie... Descendre en Hongrie ? Il parait que les filles sont jolies là-bas ! Et la Croatie ensuite, ça pourrait être sympa. Tiens, sur le chemin j'ai la Slovénie avant l'Italie. Que de tentations !J'écris dans l'auberge de jeunesse de Berlin. Comme toutes les auberges des grandes villes, c'est un immense batiment (350 lits !) et tout est très bien organisé. Les tarifs sont enfin  abordables : 45 Euros pour deux nuits, petit-déjeuner et draps inclus. Nous sommes samedi soir, mais je suis un peu claqué et n'ai pas trop le courage de sortir en ville. Je passerai ma journée de demain à me balader en suivant les conseils mailés par Eve, une amie germanophile. J'ai retrouvé un peu de chaleur humaine en arrivant en Allemagne. Il est surprenant de constater que de simples sourires et quelques mots échangés avec des inconnus peuvent cruellement manquer au bout d'un moment. Pour l'instant, je n'ai pas encore eu l'occasion de discuter vraiment avec des gens. Dans l'auberge, il y a beaucoup de jeunes en groupe et je n'ose pas trop m'imposer. J'ai plus de facilités pour les contacts individuels, plus spontanés et plus francs. Par contre, je me retrouve de plus en plus souvent dans des situations où c'est moi qui parle tout le temps ! A partir du moment où j'évoque mon voyage, je suis assailli de questions à propos des pays, des gens, de la moto, etc. Ca a été le cas sur le ferry où j'ai croisé quelques motards allemand qui m'ont fait bomber le torse tout en montrant le site et les photos sur mon PC portable. Individuellement, en couple, entre potes ils sont tous partis en Norvège pour faire comme moi : tailler la route. Mais plus au fait des tarifs du pays, ils ont emporté avec eux d'énormes sacs pour faire du camping : tente, matelas, sac de couchage, oreiller (!), et ustensiles de cuisine (menu unique pour filles et garçons : pâtes). Ils ont des motos plus adaptées que la mienne à ce genre d'activité : BMW trails ou japonaises routières. Souvent avec des porte-bagages bizarroides capable de maintenir des volumes assez surréalistes.Pour ce tour d'Europe, j'avais envisagé la solution du camping. Mais cela impliquait un minimum de villes, beaucoup plus de bagages, donc plus de surveillance et quelques problèmes électriques pour recharger mon matériel électronique. Et puis, j'aime bien mon petit confort !

Visite de Berlin.

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tele Cette photo est dédiée à Eve

Berlin est une ville assez étrange. Vieux batiments, monuments et nouveaux buildings sont côte à côte au milieu d'un immense chantier.  Si les rues sont d'une propreté impeccable (surtout si on les compare à celles de Paris), il n'en est pas de même pour les immeubles, églises, musées, etc. La pollution des immenses avenues semble faire des ravages sur la pierre et le bronze. En une seule journée, je n'ai évidemment pas eu le temps de tout visiter. J'imagine qu'à l'instar des grandes capitales européennes, il faut passer plusieurs semaines pour s'immerger dans la vie de la cité. Je me suis donc contenté d'une petite balade dans le quartier Mitte et l'île aux musées. J'ai vu dans cette dernière une très belle collection d'art archaique grec et romain. Le musée, extrêmement  bien conçu, offre un ensemble de galeries où l'on parcourt chronologiquement et géographiquement les sculptures, mosaïques, confections, etc. Malheureusement, les photos sont interdites et l'on m'oblige même à laisser mon sac à l'accueil. J'y ai redécouvert les mythes et légendes qui m'ont tant passionné durant mon enfance : Heracles, la guerre de Troie, le Sphinx de Thèbes... J'avais gardé un souvenir très "pur" de l'art grec : scènes de la vie quotidienne peintes sur des vases, sculptures de corps humains parfaits, textes gravés... Quelle surprise de découvrir des scènes orgiaques où s'en donnent à cœur joies des satyres pervers qui profitent de toutes sortes d'humains. Et puis, les artistes n'ont pas lésinés sur les détails ! Il y aurait presque de quoi faire rougir un réalisateur de pornos !

 

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Avant cela, dans un style plus puritain, j'ai visité le Berlin Dôme. Enorme église qui a changé de forme par quatre fois aux 16e, 17e, 19e et 20e siècles. La seconde guerre mondiale l'a horriblement meurtrie et il a fallu quelques décennies pour qu'elle soit restaurée (fin des travaux en 1992). Les photos affichées un peu partout témoignent du travail titanesque des artisans pour reconstituer l'une après l'autre les mosaïques grandioses qui ornent les chapelles. Du haut du dôme, l'on profite d'une très belle vue panoramique de Berlin où se dessinent clairement les chantiers en cours au milieu d'une immense plaine de petites immeubles et monuments.Je ne peux nier avoir ressenti une émotion poignante devant le monument dédié aux victimes du nazisme, de la seconde guerre mondiale et du communisme. C'est un simple batiment cubique qui abrite en son sein une unique pièce pavée, au milieu de laquelle se trouve une statue nommée "La mère et son fils mort". Sous le portique, dans presques toutes les langues, est écrit un texte de commémoration qui énumère toutes les "sortes" de victimes des atrocités du 20e siècle : juifs, homosexuels, roms, résistants, victimes civiles...Je suis passé en bus pas loin du mur et de la porte de Brandeburg. Là aussi j'avais un sentiment étrange en imaginant qu'il y a un peu plus de dix ans, l'Allemagne était coupée en deux pour des raisons politiques et idéologiques. Est-ce pour cela que l'on trouve dans ce peuple une forme d'humanité qu'on leur refusé pendant tant d'années ? Je n'ai pas vraiment eu de contacts avec les allemands, les auberges de jeunesse étant plutôt fréquentées par les étrangers. Mais ici, on "ressent" réellement une forme d'amitié naturelle avec les gens. Ce sentiment vient peut-être aussi de son antithèse affrontée dans les pays nordiques...

david J'ai passé la journée à me balader dans Berlin avec David. Je l'ai rencontré au petit-déjeuner et apparemment il ne voulait pas passer la journée tout seul, paumé dans cette grande ville. Il a 19 ans, originaire de Seattle, c'est la première fois qu'il vient en Europe et semble assez décontenancé. Il est là pour deux mois, et a déjà vu Amsterdam (lui !) avant d'arriver à Berlin. Lorsque je lui demande pourquoi il est venu en Europe, il me répond qu'il avait d'abord prévu l'Asie mais là-bas personne ne parle anglais. Etrange façon de faire son choix... Il vient de finir son cursus en highschool et s'apprête à rentrer en community school. C'est une forme d'université assez libre où les étudiants viennent apprendre un peu tout ce qu'ils veulent. Dans son cas, il hésite entre architecture et jeux vidéo ! Je ne le trouve pas très curieux : quand je lui dis que j'ai moi-même travaillé dans les jeux durant 7 ans, il opine du chef et replonge le nez dans son bouquin. Un peu plus tard, il me demandera tout de même quels sont mes jeux préférés. Je crois que, comme beaucoup d'américains, il pense que l'Europe est du genre "attardée" en matière de technologies. Il me demande même si nous avons des Playstation en France ! Il confirmera lui-même cet à priori plus tard : il a été étonné de voir l'Europe si "confortable". Il pensait aussi que les moyens de transport seraient plus archaiques et moins efficaces qu'aux U.S.A. Il devait probablement s'imaginer que nous en étions encore à la charette tirée par des chevaux ! Mais c'est globalement une bonne surprise, et pour ce qu'il en a vu il aime beaucoup l'Europe.