A prononcer "édinnbreuh" pour se faire comprendre. Je suis arrivé au tout début du festival annuel qui dure tout le mois d'août. Quelques galères pour trouver une auberge de jeunesse avec un available bed mais ma bonne étoile veillant sur moi, j'ai obtenu une chambre libre en plein centre ville. J'en profite pour faire une petite parenthèse à propos des tarifs en Grande-Bretagne. Tout est horriblement cher ! Les auberges de jeunesse sont hors de prix si on les compare aux autres pays. En France, une nuit vaut généralement moins de 15 euros avec le petit déjeuner inclus. Ici, j'ai dû débourser entre 14 et 20 livres (25 et 30 euros) sans avoir forcément droit au breakfast. Sachant que les pays nordiques que je compte parcourir par la suite (Suède, Danemark...) ont aussi la réputation d'être assez coûteux, il n'est pas impossible que je racourcisse mon itinéraire anglais, notamment en négligeant l'Irlande.
Mais faisons fî de ces contrariétés bassement matérielles. Edinburgh est en pleine effervescence et c'est un véritable bonheur. Les rues sont envahies par des artistes en tous genres : musiciens classiques, traditionnels, troubadours, ménestrels, cracheurs de feu, jongleurs, humoristes et j'en passe... L'ambiance est festive à souhait, les artistes faisant souvent participer le public à leurs exploits. Les enfants ont les yeux ronds comme des boules de billard et les parents sont écroulés de rire. Il est assez troublant de passer en quelques mètres d'un concert de cornemuses et tambours à un jongleur de tronçonneuses pour ensuite croiser une longue file d'attente de gens se rendant à un concert de violoncelle parés de leurs plus beaux habits de soirée. L'on dit les écossais très attachés à leur culture. C'est peut-être pour cette raison que le pub où je tapote ce texte actuellement nous passe des musiques celtiques en série. Je n'ai pas encore croisé de kilts mais les tartan, tissus à carreaux désignant l'appartenance à un clan, sont légions ici. On trouve ces motifs sur les taxis, les t-shirts, les portes, cousus par dessus les pantalons, etc.Le "décor" est magnifique. Edinburgh fait partie de ces villes qui ont su se moderniser dans le bon sens. Tout n'est que vieilles pierres, avec de magnifiques maisons et immeubles à travers de grandes avenues ou petites ruelles pavées. Les batiments les plus modernes sont sobres afin de ne pas inutilement contraster avec les "anciens". Le côté "musée" de la ville est totalement déridé par le festival. Que ce soit de jour ou de nuit, Edinburgh grouille de monde, vit au rythme d'une fête permanente et si les néons surprennent un peu le soir venu, on oublie vite ces quelques concessions à la modernité et au marketing.Je vous promet une description plus exhaustive du festival pour le prochain jour... Il me reste une foule de photos et de prises de sons à choisir. Les journées furent riches !En attendant, quelques traditionnelles photos touristiques pour vous donner le "ton" de cette magnifique ville...
Un de mes voisins d'appartement à l'auberge de jeunesse est pour le moins singulier. Il s'appelle Kevin, il a 38 ans, américain né dans l'Ohio. Sa singularité vient de son métier : entraîneur d'une équipe de basketball au Kazakhstan !Je savais que je rencontrerai toutes sortes de gens dans les auberges, mais là...Nous avons passé une partie de la soirée à nous balader dans Edinburgh tout en discutant de lui. Son histoire est touchante et ferait le bonheur de n'importe quel évangéliste (et/ou psy). Alors qu'il n'a que 15 ans, sa mère meurt d'un cancer. Lors de l'enterrement, il est touché par une vision où il distingue clairement l'âme de sa mère. Cherchant à comprendre ce qu'il a vu et ressenti, il s'en remet à un de ses amis qui est chrétien. De là, il s'achemine doucement mais sûrement vers la foi. D'abord aux travers de discussions avec son ami, puis en lisant la bible. Il m'explique qu'il a trouvé toutes les réponses aux questions fondamentales sur la vie et Dieu. Depuis, son chemin a toujours été tracé, d'après lui, par l'aide de Dieu. Professionellement, il fut d'abord probation officer (sorte de conseiller d'éducation) pour tenter, au bout de trois ans, de reprendre ses études afin de devenir professeur. Finalement il abandonne très vite considérant que ce qu'on lui apprend ne lui correspond pas. Il atterrit alors dans une école privée en tant que professeur d'anglais. Pour en finir directeur ! Le système ultra-libéral américain étant ce qu'il est, le précédent directeur ne fait pas assez de "chiffre". Pire, il voit des parents retirer leurs enfants de l'école. C'est ainsi qe Kevin se retrouve bombardé nouveau chef de cette école. Et lors d'un échange culturel au Kazakhstan, il a l'occasion de monter une équipe de basket locale. On lui propose de rester... et il accepte. Je précise que, bien évidemment, il ne s'est pas improvisé coach du jour au lendemain et entraînait déjà depuis des années diverses équipes amateurs aux USA, notamment des jeunes en difficulté (trouble teenagers).Du haut de ses 1m90, avec sa tête carrée digne de Schwartzenegger, il ne laisse pas entrevoir grand chose. Pour lui, tout cela semble très naturel. Je le trouve un peu inquiétant parfois : il ne semble être affecté par rien et me fait penser à Terminator !Sa philosophie est en total accord avec sa foi. Il part dans de grandes explications et métaphores sur Dieu, l'amour des autres, la vie, etc. J'apprécie le fait qu'il ne tente pas de me convertir. D'ailleurs, par prudence, afin d'éviter tout débat stérile, je m'annonce d'entrée de jeu comme agnostique convaincu. Il tente en fin de soirée un vague "and what is god in your life ?" auquel nous ne donnerons pas suite par politesse mutuelle.Loin de considérer sa vie comme un chemin de croix, il pense qu'il faut s'offrir à Dieu et aux autres. Se sentant inutile aux USA, lassé de sa vie pépère il a tenté l'aventure du Kazakhstan sans se poser trop de questions. Voilà quatre ans maintenant qu'il y travaille, et même si la vie est dure, si ses amis lui manque, il me dit être heureux là-bas.Toutes les fois où nous converserons, il fera référence à Dieu d'une manière où d'une autre, notamment par des "God bless" et des "thanks God", véritables phrases de ponctuation dans sa façon de parler. Je l'ai trouvé à la fois original et caricatural. Toujours avec une bouteille d'eau à la main, dans des vêtements de sports, beau bébé tendance "bien dans sa tête, bien dans son corps", très américain. En revanche, il n'a pas ce côté friendly à outrance qu'ont souvent ses compatriotes et il semble se poser partout où il passe comme une sorte de roc immuable que personne ne peut effriter.






