Alors que je ne les espérais plus...Ca y est j'en ai vus ! Et plus précisément, j'ai failli en percuter un... Il s'agit évidemment d'élans... ou de rennes... Je ne connais pas la différence.Je confirme donc ce que l'on dit à propos de l'intelligence limitée de ces bêtes : elles sont parfaitement stupides !Alors que je roule tranquillement, sous la pluie, un automobiliste venant en sens inverse me fait un appel de phares. Je relache les gaz immédiatement et j'observe... Et bien oui, il est là. Il trottine tranquillement le long de la route, sans soucis et sans complexe. Je ralentis un peu plus pour le regarder de plus près. Bonne idée de ralentir. Très bonne idée même.Parce qu'au lieu de rester sagement dans sa direction initiale, ou simplement de s'écarter, il décide de fuir sous ma roue avant !Pour le coup, j'ai eu tout le loisir de le voir de près, puis de l'insulter, après un freinage pas trop méchant heureusement.Le second, croisé en fin d'après-midi, est de l'autre côté de la chaussée et moins enclin à voir la marque de mes pneus. Toutefois, il me jettera un regard dédaigneux me demandant clairement : "qu'est ce que tu fous là toi ?". Je poursuivrai ma route, outré.Un petit délire lyrique...
La journée était consacrée à la route justement. Je dois avancer. Mon budget n'est pas extensible à l'infini et plus je traîne, plus je diminue mes possibilités d'aller loin. Si au bout d'un moment il devient pénible de rouler, il est des journées magiques où le temps s'arrête et l'on passe dans une autre dimension. Ce fut une journée magique.Le paysage à perte de vue, le ruban de bitume qui se déroule à l'infini, la moto et moi-même qui ne faisons plus qu'un, les kilomètres qui défilent... C'est une sorte d'état second difficile à expliquer. C'est aussi pour ces moments là que je voyage. Plus rien ne vient polluer mon esprit. La solitude disparaît, les soucis parisiens sont trop loin, les questions métaphysiques et existentielles sont reléguées au second plan... Il y a moi, la moto, la route... et rien d'autre. J'ai le vent qui souffle dans mon casque, accompagné du son du moteur ; chaque mouvement se fait tout seul, la SVS répond avec une précision chirurgicale à chacune de mes sollicitations.J'avance, je fuis, je me rapproche, je poursuis, j'esquive, j'oublie, je me cache, je me découvre, je découvre... je Vis.Le monde est sous mes roues, Je roule, je suis loin, je suis bien.Le retour de la pluie :
Nous sommes à la fin du mois d'août et d'après mes cartes, j'ai passé le cercle arctique ! Si, sur les 400 premiers kilomètres, je n'en ai pas vraiment eu conscience, la dernière partie de la journée s'est nettement rafraîchie. En moins de 100 kilomètres le thermomètre a perdu 10 degrés...Météorologiquement parlant, la chance était avec moi ces derniers jours. Du soleil, une température douce et "confortable" pour faire de la moto. Juste un t-shirt et le blouson... un vrai bonheur. Aujourd'hui, les conditions ont commencé à changer. Rien de bien méchant, surtout après l'Ecosse, mais la pluie a tout de même fait son apparition.Par deux fois, elle s'est engagée sans se présenter et j'ai tout juste eu le temps de trouver un abri pour ressortir du fin fond de mes sacoches la veste, le pull et les gants d'hiver. Pour qu'après un quart d'heure de discussion elle s'en aille humidifier d'autres motards quelque part... Petit cadeau de son passage furtif : une belle route bien glissante. J'ai traversé ainsi deux orages magnifiques. Je dis "magnifique" parce que je n'ai fait que les "traverser". J'imagine que les avoir sur le dos m'aurait rendu un tantinet plus amer. Mais qu'ils étaient beaux ces nuages sombres qui s'assemblent, explosent puis se déchirent pour laisser le soleil irradier les forêts et les lacs de Finlande !
C'est aussi sur la fin que les paysages ont commencé à changer. Quelques collines sont apparues et les couleurs se portent de plus en plus à l'orange. Parfois, des feuilles traversent la route sous le coup de violentes bourrasques qui manquent de m'envoyer dans le décor. On perçoit très nettement les attaques de l'hiver sur le bitume. Outre le fait qu'il est lézardé un peu partout par des raccords, on trouve à l'envie des bosses, des craquelures et quelques nids de poule. Les finlandais ne s'y trompent pas, et j'ai croisé une foultitude de chantiers d'entretien.
Pour ma part, je n'ai pas joué au fou. Entre élans, rennes, orages et bitume aléatoire j'ai enquillé paisiblement mais sûrement les 500 kilomètres de la journée. Sur la fin j'étais bon pour la cryogénisation et passablement heureux à me décongeler sous une douche brûlante. Demain ça sera équipement d'hiver : pull, veste de pluie, Damart haut et bas, sous-gants et cagoule !