Jours 29-30 : routes norvégiennes

 

 31-08-2002 : 455 km / 7792 km

01-09-2002 : 419 km / 8666 km 

 

Je l'ai déjà dit : la Norvège est hors de prix. C'est pour cette raison que je mange le plus de kilomètres possibles chaque jour afin d'en sortir au plus vite. Dommage d'avoir à traverser comme une fusée un tel pays. Outre les paysages hors du commun, j'ai enfin fait quelques rencontres agréables avec les autochtones. Car depuis plusieurs jours, à force d'aller dans les campings, je n'ai pas franchement trouvé moyen de nouer des contacts. C'est un euphénisme de dire que les soirées sont fraîches, et le soir venu il n'y a pas grand monde avec qui discuter. Je suis moi-même sur les rotules après je ne sais combien d'heures sur la moto, entre froid, vent et pluie et je finis donc assez rapidement dans les bras de Morphée.Mais brisons là ces jérémiades ! Elles sont bien loin les longues lignes droites de Suède. A présent, mes pneus ne sont plus du tout "carrés". Ils ont retrouvé un beau profil rond, et il n'est pas impossible qu'en quittant la Norvège ils aient adopté une forme triangulaire ! Parce qu'en plus des quelques rencontres, ces deux derniers jours je suis passé en mode... Pilotage... saletemps sommet Parti d'Alta assez tôt, je commence ma journée comme la précédente : sous les nuages et la bruine. Au fil de la matinée, la météo ne cesse de se dégrader et un violent orage en est le point d'orgue. Obligé de m'arrêter dans une station, c'est le moral à zéro que je me bois un café, l'oeil morne sur un ciel désespérément gris et pluvieux. Le plein fait, je remonte en selle, la démarche lourde et le casque bas. Dire qu'il va me falloir bouffer 500 kilomètres à ce régime là ! 

dechirure Puis, le dieu des voyageurs en moto rouge décide de me faire une fleur. Loin, à l'horizon je distingue un tout petit coin de ciel bleu sous le voile pesant des nuages. Difficile d'estimer la distance à parcourir pour le rejoindre. La route suit le relief de la côte, et elle est plutôt torturée ! J'avance donc sous une pluie battante mais heureusement pas encore glacée.Et finalement, assez vite, j'atteins ce point de déchirement des nuages. Le soleil commence à taper sur mon casque, mes vêtements, ma moto... et la route. Ce sont d'abord des bandes humides, puis rapidement un bitume bien sec qui m'invitent à l'attaque. Alors je fais fî de ma parano du carburant, je monte dans les tours, maintiens le régime moteur aux alentours des 7000 pour laisser la SVS s'exprimer. Et gaaaaaaaaaaaaaaaaaaazzzzzzzz !Ca y est j'y suis ! Le pied ultime ! Pas un chat, pas une ligne droite de plus de 100 mètres, des gauches et des droites de toutes les formes : long, large, court, ouvert, fermé au début ou à la fin... Je bondis de virage en virage comme un furieux, j'angle comme un dingue, je tape des freinages de trappeur (y aurait il un rapport avec les élans/rennes ?) toutes les 10 secondes... La moto a un comportement parfait, elle répond à la moindre demande sur la poignée de gaz, freine court et propre de l'avant comme de l'arrière et les suspensions acceptent les quelques aspérités de la chaussée sans broncher. Dans l'élan, j'ai fait une tentative d'enregistrement de conduite "live". C'est pas parfait, mais je trouve ça déjà assez goûtu : (740 Ko).

montagne  

reflets  

Panorama (640x480, 265 Ko)

lac

Comble du bonheur, les paysages m'explosent les yeux dans les grandes largeurs. Le ciel déchiqueté envoie des reflets multicolores sur la nature et la moitié de mes freinages extrêmes sont pour faire des pauses photos.Arrive même un moment où j'ai trop chaud ! Oserais-je donc envisager l'ombre de l'idée du retrait de ma veste de pluie ? Le nuage qui s'intercale entre le soleil et moi durant une petite minute me fait comprendre que cela ne serait pas raisonnable. De toutes manières, au propre comme au figuré, j'ai pris le pli avec mon attirail vestimentaire. Si je tiens plus du Bibendum que du longiligne pilote de GP, je suis tout de même assez à l'aise sous mes multiples couches de tissus et de cuir. Moment de grâce ultime ? La moto et moi-même ne faisons plus qu'un et l'armure que j'endosse semble faire corps avec mon cheval d'acier... Bon, là je m'emporte un peu, mais vous y seriez vous diriez la même chose.

 

neige2  

neige  

 

 

 

Panorama (640x480, 360 Ko)

Comme vous pouvez le constater sur ces photos, on aperçoit de la neige. Je dédie ces clichés à mon cher ami Simon qui, chaque fois que je l'appelle, s'il n'a pas une question informatique à me poser, veut savoir si oui ou non j'ai vu de la neige. Voilà la réponse ! PS : tu es prié de ne plus me parler de virus avec une voix empâtée lorsque je t'appelle du Cap Nord. J'étais particulièrement vexé.

J'ai fini à Narvik, petite ville touristique si je dois en juger par le nombre d'hôtels. Alors que les auberges de jeunesses sont toutes fermées dans le nord de la Norvège, le camping est complet et je prends le dernier lit disponible dans un hôtel qui dispose de dortoirs :  40 Euros pour la nuit... Je partage ma chambre avec trois suédois qui sont ici pour le travail : ils "fabriquent" des tunnels sous les rails de chemins de fer. Au moment où je m'installe, ils sont déjà à moitié ivres. Je réalise à ce moment là que nous sommes samedi soir, jour de débauche ultime dans les pays nordiques.Cela se confirme un peu plus tard, lorsque j'attends une pizza à emporter et que deux jeunes types commencent à discuter avec moi. Ils sont raides bourrés mais néanmois très sympathiques. Christian fait des études d'informatique à Narvik et part bientôt finir son cursus en Australie. Robert, le plus détruit des deux, fait son service militaire dans le coin. Je suis impressionné par leur anglais, impeccable, même dans leur état. Ils m'invitent à les suivre à une fête privée et je les suis, intrigué. Finalement, la party n'existe pas et nous nous rabattons sur un pub où le tout Narvik festoie. Christian fera une tentative d'approche lamentable auprès de deux jeunes filles, tandis que Robert pique du nez dans son verre de bière. Au bout d'un moment, lassé des conversations d'ivrognes et de l'haleine qui va avec, je rentre me coucher. Je serai réveillé par mes colocataires, définitivement hors-course, braillant à tout va leur alcoolémie. S'ensuivra une longue nuit de ronflements. C'est cette nuit là que j'ai béni l'inventeur des boules quiès. Elles trainaient depuis des lustres dans ma trousse de toilette, et je les ai retrouvées au bon moment !

 

Panorama (640x480, 200 Ko)

Niveau route, le lendemain est identique, si ce n'est que j'aurai beaucoup plus de pluie et de vent. Le dieu des voyageurs en moto rouge étant en déplacement à l'extérieur, j'étais prié de laisser un message et de continuer ma route. Cela ne m'a pas empêché de m'amuser, mais arrivé au camping j'étais au bout de mes forces. Le moment le plus dur a été le passage du cercle arctique. Si je ne m'en suis pas rendu compte à l'aller, j'ai dégusté au retour : qu'est ce qu'il faisait froid ! Le croisement du cercle avec la route (E6, y a que celle là) est signalé par un batiment touristique sur le plateau d'une montagne. Après avoir fait un panoramique, je m'y suis précipité et mon premier geste a été de me servir un café juste pour pouvoir poser mes mains autour de la tasse brûlante. L'expression de béatitude sur mon visage a médusé la serveuse, qui, pleine de compassion, m'a offert le chaud breuvage pour la peine. bateau motards Sur le trajet, j'ai dû prendre un bateau de Skardberget à Bognes. En attendant de charger les véhicules à bord, je discute avec un couple qui s'intéresse à mon voyage. Je leur montre ce site sur le PC portable, sous l'oeil de militaires dans un camion juste derrière nous, et viennent alors un groupe de motards qui m'assaillent de questions. Je deviens l'attraction de la file d'attente !Je savoure en gourmet leur admiration pour mon itinéraire, mes kilométrages, mes fringues pas idéalement adaptées à leur pays et c'est avec un plaisir à peine dissimulé que je leur donne l'adresse du site pour qu'ils puissent continuer à me suivre. vue Je termine ce texte bien au chaud dans mon bungalow (cabin) à 30 Euros la nuit, en attendant que mon linge sèche. Il était temps ! Je suis un peu en retard sur ma lessive et même si je suis plutôt du genre maniaque en ce qui concerne l'hygiène (je tourne à deux douches par jour actuellement), niveau vêtements ça commençait à devenir douteux... J'ai une vue magnifique sur un lac et des montagnes. Je vous laisse apprécier la photo avant d'aller me coucher. Les prochains jours devraient être identiques à hier et aujourd'hui : kilomètres et virages...