L'idée de base est floue. Pas de durée ni d'itinéraire précis. Mes limites sont fixées par l'argent, les imprévus et mon bon vouloir. L'envie de faire ce ce site m'est venue lorsque je cherchais à me faire sponsoriser. Même si je n'ai trouvé personne d'assez bête pour me donner plein d'argent, l'envie de partager mes impressions et mes rencontres est restée. J'ignore encore si j'arriverai à tenir mes objectifs en matière de "reportage", mais j'espère pondre quelque chose de suffisamment intéressant pour qu'au moins ma famille et mes amis me suivent !
Je ne peux décemment pas affirmer que j'ai assidûment et longuement préparé ce voyage. Oscillant entre incertitude, flemme et diverses préoccupations, les objectifs ont pris forme lentement. Combien de fois me suis-je dit "Je laisse tomber, c'est trop compliqué, trop cher, trop dangereux..." Et pourtant... Au bout de six mois, les derniers préparatifs sont en cours. Ma "to do list" reste un long parchemin d'angoisses, mais la date est arrêtée et beaucoup de choses ont avancé.
Budget et achats :
La première étape fut d'établir un budget. Il m'a souvent été demandé la façon dont j'ai financé mon voyage. Et bien c'est assez simple : au quotidien je suis tendance "fourmi" plutôt que "cigale". J'avais donc un petit bas de laine suffisamment rempli pour me lancer. Néanmoins, n'étant pas spécialement fortuné, je me devais de trouver un moyen de réduire les coûts. Partir à l'aventure sur sa moto, tel le chevalier des temps modernes, etc. c'est fort sympathique mais ça coûte ! Dans un premier temps j'ai cherché à me faire sponsoriser. D'ailleurs c'est de là que s'est concrétisée l'idée du reportage sur Internet. Mais ne rêvons pas : alors que certains partent faire Paris-Pékin en Solex, mon projet sonne comme un "payez moi mes vacances". Et puis, envoyer les demandes moins de six mois avant le départ tient plus de l'utopie que de la démarche sérieuse. Donc, quelques refus plus tard, j'opte pour la seule solution disponible : l'auto-financement total. Mes délires technologiques pour le reportage en prennent un sacré coup dans l'aile. Je dépense une bonne partie de mes économies dans ce que je considère comme le strict minimum : un PC portable, un appareil photo numérique et un lecteur/enregistreur de mini-discs. L'addition commence déjà à être salée et j'ai tout le budget logement, nourriture, essence, divers à boucler derrière. Je m'efforce de voir le bon côté de la situation : sans sponsors je suis totalement libre et n'ai de comptes à rendre à personne. N'étant pas journaliste professionnel, je ne peux absolument pas assurer la qualité du reportage. De plus, si au bout de 10 jours de route je cumule trois gamelles, trop de fatigue, de solitude ou tout autre raison d'abandonner, je n'aurais que les quolibets de mon entourage pour punition.
Un peu de sport...
Pour pouvoir tenir la distance j'ai fait une préparation physique en salle de gym basée sur les muscles des bras (triceps notamment), des épaules, du dos et des abdominaux. J'en ai profité pour perdre un peu de poids histoire de me sentir plus à l'aise dans mon blouson et mon pantalon en cuir. Petit détail à propos du blouson : c'est celui de mon père. Il a lui même été motard, et a aussi fait quelques pays européens au guidon de sa MF (collector la MF !). Les aléas de la vie l'ont obligé à abandonner la moto, mais aujourd'hui je reprends fièrement le flambeau ! Pour les connaisseurs : le blouson est un Daytona de 25 ans d'âge.
Bagages :
J'emploie des solutions éprouvées lors de mes précédents voyages. Ca sera une sacoche sur le réservoir qui contiendra l'indispensable (papiers, argent...) et ce qui coûte cher (PC portable...). Deux sacoches latérales souples pour les vêtements et les outils. Et enfin, un sac avec bandoulière pour les petits "plus" (gants supplémentaires, tour de cou, cagoule...), surtout utile lorsque je me baladerai à pied pour éviter de porter l'épaisse sacoche de réservoir. Les indispensables tendeurs maintiendront tant bien que mal ce je devrais avoir sous la main rapidement : veste de pluie et housse protectrice de sacoche. Pour les vêtements de route, je fais dans la sécurité : blouson et pantalon en cuir, bottes renforcées, casque neuf et gants. Voici la liste et la disposition des bagages :
SACOCHE RESERVOIR (fixations magnétique) :
- Ordinateur portable SONY VAIO SRX41P. Je l'ai choisi pour sa taille et son poids. Pour ne rien gâcher, il a une puissance plus que confortable pour ce que je veux en faire. Il abrite un P3-800, 256 Mb de RAM, 30 Gb de disque dur et pléthores de connexions : éthernet, modem, USB, FireWire, Memory Stick, Wireless, etc. Il est malin dans le sens où il n'embarque pas de lecteur de disquettes, de DVD ou autre...
- Appareil photo SONY DSC-P9. 4 millions de pixels, pas mal d'options dont j'ai encore du mal à me depêtrer, taille et poids plume. Atout majeur : memory stick directement insérable dans le PC portable pour transférer les photos. A l'heure où j'écris ceci, ie. 10 jours de voyages j'ai environ 500 photos dans le PC.
- Visière de rechange. Elle est bleue iridium, top tendance kéké mais très pratique en cas d'éblouissement solaire ou si l'autre visière venait à me lâcher d'une façon ou d'une autre.
- Micro : pour les prises de sons. Un modèle standard qui était fourni avec une carte son si je me souviens bien. Il remplit parfaitement son rôle notamment par la longueur de son câble et capacité à "attraper" une ambiance.
- Téléphone portable.
- Divers câbles et accessoires tels que : souris, memory stick USB (transferts internet dans les cyber-cafés), jack-jack mâles 3,5 pouces, etc.
- Guide européen des auberges de jeunesse.
SACOCHE LATERALE 1 :
- 5 t-shirts. Je les ai choisis facilement "compressibles", donc moulants !
- 1 chemise : si d'aventure il me faudrait avoir une apparence un peu plus présentable que le style full-cuir.
- 1 pantalon : même raison que la chemise.
- 1 t-shirt Damart à manches longues.
- 1 caleçon long Damart. A oublier si je veux paraître sexy mais plutôt efficace lorsqu'il fait froid.
- 5 paires de chaussettes.
- 3 caleçons. Alors je vous explique... En fait, par confort et par habitude, je roule "sans rien" dans mon pantalon de cuir. Oui, je sais cette phrase à de quoi faire rire (ou faire rêver ?) mais bon, voilà quoi...
- RMT de la SVS 650 pour la démonter dans tous les sens en cas de panne.
- Liste concessionnaires Suzuki en Europe. Elle était fournie avec la moto !
- Manuel SVS. En complément de la RMT.
- Bombe anti-crevaison.
SACOCHE LATERALE 2 :
- Outils : clefs à pipe, clefs BTR, tournevis, lampe de poche, etc. Ce qu'il faut pour démonter le plus gros sur la moto, y compris ouvrir le moteur.
- Pull. Chaud mais assez "fin" pour pouvoir s'intercaler entre le t-shirt et le blouson.
- Veste pluie. Indispensable ! D'ailleurs, elle finit plus souvent attachée sur la moto par des tendeurs pour pouvoir l'attraper plus rapidement.
- Sac plastique pour fringues sales.
- Multiprise, convertisseur pour l'Angleterre, transfo PC portable, transfo appareil photo, chargeur portable. Et ça prend de la place tout ça !
- Bombe graisse à chaine
- Trousse de toilette : savon liquide, shampoing, dentifrice, brosse a dent, anti-moustique (tropical !), capotes (on sait jamais), rasoirs (pas de mousse à raser, je fais au savon), suppos glycerine (déconstipant). Très utiles, notamment en début de voyage. Désolé de rentrer dans ces détails, mais souvent, lorsque l'on change de rythme de vie par le voyage, la digestion se détraque et ce genre de médicament se révèle très utile pour "s'alléger".
SAC SUR LA SELLE PASSAGER :
- Cagoule : pour les grands froids.
- Sous-gants : cf. cagoule.
- Gants de rechange : après une bonne pluie, la deuxième paire est un vrai bonheur à enfiler.
- Atlas routier Européen : si le PC portable venait à me lâcher.
SELLE PASSAGER :
- Housse sacoche reservoir en cas de pluie
DIVERS :
- 3 tendeurs
- Antivol U (sous la selle)
- Antivol bloque disque avec alarme (sous la selle)
- Passeport
- Assurance
- Permis
- Carte grise
La mécanique :
Justement, la révision des 24 000 kilomètres se profile et c'est la plus lourde : synchronisation des carburateurs, jeu de soupapes, etc. La facture de main-d'œuvre est un cauchemar à elle toute seule. Alors, autant par plaisir que par nécessité j'ai décidé de me lancer dans la mécanique... La moto, avec moins de deux ans de permis, est encore un objet mécaniquement intouchable voire sacré. Les grands prêtres des concessions sont les seuls habilités à opérer dans les entrailles de ma bécane. En fait de prêtres, mon banquier prophétise plutôt des marchands du temple ! Sur Internet, j'ai pu observer que nombre de motards s'appliquaient aux travaux les plus improbables sur leurs machines. Alors, à moi les joies de la clef de 12 : je m'inscris à un stage de mécanique de deux jours. Sujet : savoir réviser soi-même sa moto. Organisé par l' AFCM , le prix plus que raisonnable et l'intitulé très rentable ne montrent pas la qualité impressionnante de la formation. Pour seulement six stagiaires il y a deux professeurs qui travaillent de concert, toujours disponibles et à l'écoute. Les matinées sont consacrées à la théorie, et les après-midi à la pratique sur tous types de moteurs et de machines. Très vite, la mécanique et la moto sont désacralisées. Du moteur au carénage, c'est avant tout un ensemble de pièces emboitées, vissées, soudées les unes avec les autres. C'est un organisme où circulent des fluides qui déclenchent une foule de réaction chimiques en tous genres pour arriver au résultat final : rouler. Armé de ce nouveau bagage, j'installe la SVS dans le garage de ma grand-mère et pendant trois semaines j'entreprends de l'étudier, la réviser et la préparer. Rude épreuve ! Je ne suis pas véritablement un "manuel" et si les premières opérations se déroulent assez bien (plaquettes de freins, vidange...), j'arrive très vite à ma première boulette : vis cassée dans la culasse.

Issu de la notion hautement subjective du "serrage", je donne un tour de trop à cette vis ultra-sensible. Et la tête me reste dans la main. Quelques litres de sueur et crises de nerfs plus tard, les dieux du bi-cylindre ont pitié de mon incompétence et laisse partir le bout de restant avec un simple coup de dégrippant WD40. La conséquence immédiate fut évidemment l'achat d'une clef dynamométrique dont le rôle est justement de maîtriser la force appliquée lors d'un serrage. J'en profite pour remercier tous les motards qui m'ont aidé sur Internet via le newsgroup fr.rec.moto (FRM). Entre deux vannes, j'ai eu pléthore de bon conseils sur les diverses façons d'aborder les problèmes qui me tombaient dessus les uns après les autres. Au bout de quelques semaines je décide de limiter mes opérations et de laisser à des pros les traitements "lourds" : pneus, kit-chaîne et vidange de fourche. Il en ressort une SVS que j'ai "testée" ensuite pendant trois mois. A ma grande stupéfaction, aucun problème n'est survenu et il semblerait que mes débuts en mécanique soient allés dans le bon sens. La notion de miracle me semble beaucoup moins abstraite. Il est à noter que la quantité d'outils nécessaires pour le dépiautage de ma SVS est ridicule. Je les emmènerai avec moi pour parer à toute éventualité. La moto est donc prête à rouler. Reste à déterminer le...
Où ? Quand ? Comment ?

Balade en Europe... Voilà qui est vague. Et bien, en ce qui concerne l'itinéraire je resterai dans le flou ! La seule logique que j'applique est celle de la météo. Je commencerai par le nord pour descendre ensuite vers le sud avec les températures de septembre qui sont plus supportables. Rouler habillé tout en cuir, sécurité oblige, sous le cagnard d'août est faisable mais pas franchement agréable. Premières destinations : l'Angleterre, l'Ecosse puis l'Irlande. De retour sur le continent je prendrai le chemin du grand nord en passant par les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande puis la Norvège. Puis ce sera l'Allemagne, la Tchéquie, l'Autriche, la Suisse, l'Italie, etc. L'ordre est approximatif ; je préfère me dire que j'ai toute liberté de rouler comme un stakhnanoviste ou bien prendre le temps de profiter d'un lieu particulier pendant plusieurs jours. Lors de mon précédent voyage je ne disposais que de 15 jours et j'ai parcouru environ 7000 kilomètres ( voir la carte ). Difficile de vraiment profiter des pays, villes, paysages et lieux touristiques dans ces conditions. Pour le coup, je ne me donne pas vraiment de durée ni délais. Mon seul réel impératif, qui n'est même pas obligatoire, sera de trouver des auberges de jeunesse sur mon trajet. Le guide complet des auberges d'Europe sera ma bible ! Pour la compléter, j'utiliserai le logiciel Microsoft Autoroute sur mon PC portable. Avec ces deux armes, je suis prêt à aller n'importe où, sans me perdre et en sachant toujours où me loger. Très rassurant quand on connait mes capacités à me paumer à peu près n'importe où. Finalement... Ranger mon appartement, faires quelques opérations bancaires, laver mon linge, préparer la bagagerie, réserver ma place sur le ferry pour l'Angleterre... Le départ est tout proche. Un peu d'angoisse, beaucoup d'excitation : je pense être mûr pour partir. Je crains avant tout les mauvais imprévus : mauvaise météo, panne mécanique et bien sur les accidents. Je ne suis pas un furieux au guidon de ma moto, d'ailleurs elle n'est pas destinée à faire de la vitesse. Mais un moment de déconcentration, un automobiliste distrait et je peux finir par terre en plus ou moins bon état. J'aimerais pouvoir dire que je fais abstraction de ces peurs, mais finalement ça n'est pas plus mal qu'elles restent tapies dans un coin de ma tête. De toutes manières elles ne m'empêcheront pas de profiter du voyage... Du moins, je l'espère. A ce stade la machine est enclenchée, alors faisons simple : contact (clic !), première (clac !) et gaaaaaaz (vroum !)